SynerGétude

Mutualisons nos connaissances pour imaginer, créer et innover


2 Commentaires

Motif et projectibilité d’une oeuvre d’art : quand la musique est un marqueur émotionnel fort, vecteur de transmission et valeur de connaissance

Un concert des professeurs de cordes pincées du conservatoire de mes enfants, m’a absolument bouleversé, cette semaine. Nous avions eu le privilège d’assister à une expérience innovante mêlant des morceaux de musique baroque interprétés au clavecin et à la guitare,  relevés par des jeux  de Charango  et de percussions au rythme de musiques d’Amérique latine.

Nous avons été totalement transportés, par ces vibrations mêlant sensualité, fraîcheur et surtout donnant un élan de vitalité qui nous fait pousser des ailes. J’ai cependant pleuré lors de l’interprétation de la « Peregrinacion » d’Ariel Ramirez, qui m’a profondément marquée et fait vibrer au plus profond de mon âme. J’ai voulu en savoir plus sur cette musique, dont les airs m’étaient familiers.

Il ressort qu’elle fait partie d’une série de morceaux, de La Misa Criolla (la Messe Créole), l’œuvre Majeur du grand compositeur argentin Ariel Ramirez, créée en 1963, et dont la motivation première était de créer une œuvre profonde d’inspiration religieuse, un hymne à la vie qui pourrait toucher chaque individu quelles que soient ses croyances, sa race, sa couleur de peau ou son origine. Une oeuvre qu’il voulait « être » une référence à l’être humain, à sa dignité, à la liberté et au respect de l’homme en tant que créature de Dieu.

En proposant au grand poète Felix Luna d’en écrire les paroles, elle atteint un degré de pureté et de profondeur dont les marqueurs émotionnels vont briser toutes les frontières pour en faire une œuvre planétaire où la magie continue toujours d’opérer.

Des œuvres musicales d’intensité aussi expressive qui transcendent le sacré dans ce qu’il a de plus beau et de vrai, nous rappelle le génie de Jean Sebastien Bach, dont l’œuvre ne cesse de nous fasciner par sa splendeur, sa puissance émotionnelle et son incroyable modernité pour son temps.  « Une œuvre d’art communique à ceux qui la comprennent ce qu’elle porte en elle. Et rien ne sait exprimer les mystères indicibles de l’âme et du cosmos aussi bien que la musique. » écrit le compositeur et musicien Jean-Christian Michel.

Ce rapport de la musique au langage qui la transcende pour traduire l’ineffable, nous renvoie immanquablement vers l’œuvre majeure de Wittgenstein [1],[2] qui dote cet ineffable là d’une capacité auto-expressive exemplaire dans le cas de la musique. Il confère à « l’Idée musicale » même une  fonction structurale, synonyme de forme créant une architecture de symboles doués de sens. A. Soulez[3].

La dimension de la forme est amplifiée par l’importance donnée  au contenu sentimental, (das Affekt), dont la « suavité » ressort sur la totalité de l’œuvre composée.

S’il est vrai que l’œuvre d’art permet d’accéder à l’indicible par  une forme d’expressionnisme esthétique lié à la possibilité de décrire des réactions subjectives  liées profondément à l’affect. C’est aussi une forme d’expression et un langage émotionnellement très fort porteur de « sens » universels, qui permet de réaliser une symbiose synergique des éléments coexistants dans un environnement.

Mais c’est aussi probablement par un effet de chiralité, la projection d’un ou plusieurs « Umwelten » (pluriel de Umwelt : monde environnant ou monde propre » au sens du pionnier de l’éthologie Jacob von Uexküll[4], qui développe ce concept, qui unifie l’ensemble des processus sémiotiques créateurs de sens d’un organisme. Pour un organisme humain, le « Umwelt », dépend directement des ses capacités perceptives, de ce qui pour lui, fait sens dans l’environnement, pour asseoir son adaptabilité. Il représente ainsi, la somme de ses expériences issues de ses parties fonctionnelles (nos cinq sens) lui permettant d’appréhender le monde.

Dans un lieu comme l’école où l’environnement est en forte corrélation avec la construction de son « Umwelt », n’avons nous pas ici quelques pistes de réflexions pour repenser l’école et les institutions du savoir en y déployant de nouvelles synergies pour des projets d’apprentissages dignes des intelligences  collectives coexistantes,  dans la construction des savoirs et l’émergence de connaissances portées par des marqueurs émotionnels forts, comme la musique, les sons, les lumières, les couleurs et le cinéma, qui vont avoir un impact indélébile sur la mémoire dans le processus cognitif d’apprentissage.

L’école est vide d’enchantements, l’émerveillement et la création doivent y occuper un rôle central en mutualisant les énergies, pour favoriser l’émulation et l’envie d’apprendre avec tout le plaisir que cela procure.

Les œuvres d’art, la musique, les sons, les lumières, nous permettent de fluidifier l’espace de communication, et nous interpellent en permanence sur des points d’orgue qui nécessitent une pause, des analyses, des confrontations d’idées et des expérimentations avant d’asseoir un savoir qui aura été produit collectivement.

En lisant un article sur la muséographie[5], j’ai été interpellée par le rôle majeur que joue cette discipline dans la valorisation des créations artistiques et scientifiques et les oeuvres du patrimoines qui conservent cette mémoire collective.

La muséographie pourrait servir d’outil de mise en forme du projet pédagogique dans les écoles, par l’équipe pédagogique et un consortium d’intervenants extérieurs. Comme les artistes, les scientifiques et les philosophes, en travaillant sur les fondements symboliques, et patrimoniaux de l’école à travers son histoire, son architecture,…et les productions immatérielles que ces établissements produisent sous forme de projets, d’ idées, de vocations, d’ambitions. Nous devons prendre le temps d’exploiter tous ces gisements de connaissances pour les capitaliser et en créer une véritable œuvre à transmettre aux futurs arrivants en y marquant nos propres empreintes,  qu’ils continueront à leur tour de façonner et à développer selon leurs sensibilités et leurs propres marqueurs émotionnels, qui évolueront en fonction de leurs envies de créer en musique, en art plastique, en littérature, en cinéma ou sous forme théâtrale.

Dans Languages of Art (1968), Nelson Goodman[6] développe la thèse selon laquelle il n’y a pas d’art sans un principe de projectibilité mais aussi que, en vertu de ce principe, une oeuvre d’art est une « version-monde».  Si, comme l’écrit Nelson Goodman « En modélisant l’idée musicale, l’œuvre musicale la projette en annonçant un motif », Ariel Ramirez  le pressentait intuitivement dans son œuvre « la peregrinacion » en la définissant comme une estampe musicale. Elle portait en effet en elle intrinsèquement l’idée du motif universel et de sa projectibilité dans l’espace et dans le temps.

Copyright © Férial BENACHOUR-HAIT. 08/12/2011. Tous droits réservés.

 


[1] Le plus cultivé musicalement de tous les grands philosophes après El farabi (appelé par Averroès le second instituteur de l’intelligence après Aristote).

[2] Scruton Roger , « Wittgenstein et la compréhension musicale » , Rue Descartes, 2003/1 n° 39, p. 69-80. DOI : 10.3917/rdes.039.0069

[3] Antonia Soulez Circuit : musiques contemporaines, vol. 17, n° 1, 2007, p. 27-47.

[4] Jakob von Uexküll, Mondes animaux et monde humain, suivi de La théorie de la signification, trad. Philippe Muller, Paris, Pocket, 2004.

[5] L’épaisseur du temps, Publications scientifiques du Museum d’histoire Naturelle. Collection Archive.Paris. 2011.

[6] Nelson Goodman, Langages de l’art, Hachette littératures, Collection Arts Pluriel, éditions Jacqueline Chambon, Nîmes, 1990.


Poster un commentaire

Epanouissement social : De l’étude systémique à une éthique de reliance

La richesse des nations, n’est plus basée sur leurs ressources naturelles, mais sur le niveau de connaissances accumulées par la population. Le véritable leadership mondial, est un leadership dans la maîtrise des compétences-clés.

Mais en même temps que les sources de savoir se multiplient dans le monde, les connaissances  acquises se périment rapidement tandis qu’il faut en acquérir de nouvelles. Avec l’avènement du numérique, nous vivons une révolution anthropologique majeure qui multiplie les gisements de savoirs et facilite l’accès à  toutes les formes de connaissances que l’humanité produit. Une nouvelle génération, qualifiée de digitale, est née. Elle a la maîtrise  instrumentale de tous les gadgets numériques. Elle ne connaît que cela.

L’école ne peut continuer à ignorer ces mutations profondes que traversent nos sociétés. L’école doit se repenser. Nous devons revoir nos méthodes d’enseignement, comprendre les subtilités cognitives que recèle cette maîtrise instrumentale des outils multi-médias. Apprendre un peu plus des neurosciences et des sciences cognitives pour adapter notre discours et notre démarche pédagogique à ce nouveau public d’élèves qui nous apprend chaque jour, un peu plus sur nous même et qui nous trace peut être déjà la voie de notre propre révolution.

Il faut réinventer les outils et supports pédagogiques qui mettent en avant à la fois la culture artistique, les capacités d’expression et de communication, la connaissance du monde avec les réalités de l’emploi et des parcours professionnels. En plaçant l’élève au cœur de l’activité  éducative, son rôle redevient central en tant qu’acteur de sa propre production de valeur (connaissances). L’enseignant, qui devra jouir d’une grande culture générale, au fait des mutations et des transformations sociétales, n’aura plus un rôle central, mais un rôle essentiellement instrumental dans l’acquisition des connaissances [1], afin de  libérer toutes les énergies créatrices des élèves pour les accompagner dans leur propre construction du savoir au cours de leurs curriculums.

A une autre échelle, cette mutation profonde que vit notre société se manifeste encore plus brutalement dans le monde du travail où la plupart des professions se redéfinissent, et où les compétences se complexifient pour répondre aux  nouveaux besoins exprimés par les clientèles et les avancées technologiques. Des tensions visibles sur des profils et des compétences en déficit, obligent les acteurs de la fonction à se former dans un marché du travail en mutation.  A côté de cela, les discours de  rentabilité et de productivité ont atteint leurs limites en management et en capacités d’innovations.

Pour inventer l’avenir de leur entreprise, les décideurs et dirigeants d’aujourd’hui ont besoin de comprendre pour agir, d’élargir leur horizon de pensée, de prendre de la hauteur par rapport à la complexité du monde  qui se globalise, la transformation profonde qui s’opère dans nos entreprises, avec l’avènement d’outils agiles de communication, de plate-formes collaboratives de partage de connaissances. C’est toute l’organisation et le partenariat écologique de l’entreprise qui est appelé à transmuer pour révéler un nouvel art de manager et de produire de la valeur.

C’est l’entreprise 2.0, qui porte aujourd’hui cette  métamorphose structurelle et organique dans l’espace de travail, qui devient plus poreux et plus ouvert, avec une véritable désiloisation des connaissances en quête d’un knowledge management qui recentre les besoins de l’entreprise autour de son capital humain et ses ressources cognitives, i.e autour de praxis qui vont mobiliser et cultiver de grandes fonctions cérébrales comme l’attention, l’écoute active et l’imagination, véritables moteurs pour la créativité et l’innovation.

Cette vision systémique ne pourrait être exhaustive sans le maillon intermédiaire de la chaîne de valeur entre l’école et l’entreprise.  L’université et l’enseignement supérieur qui ne peuvent se soustraire à ce vent de changement. Ces institutions doivent à leur tour se repenser, et leur renouvellement passe immanquablement par l’innovation pédagogique. Parce que les demandes du marché du travail changent. Parce nombre des métiers de demain ne sont pas encore crées, parce que nos connaissances et le travail professoral change et parce que les élèves et les étudiants changent.

Cela va nécessiter de l’énergie, de l’engagement et une prise de conscience de la complexité du monde[2] qui s’offre à nous désormais dans ses gouvernances, ses organisations, ses sciences, ses systèmes de pensées,… Nous aurons besoin de citoyens essentiellement humains, sensibles, créatifs, innovants, pro-actifs et  porteurs de projets avec une maîtrise du sens de la globalité et de la complexité en tant que paramètres endogènes et exogènes à notre épanouissement social.

      Copyright © Férial BENACHOUR-HAIT. 10/11/2011. Tous droits réservés.


[1] Maurice Boivin : les nouveaux paradigmes pédagogiques

[2] La Méthode. Edgar Morin.


Poster un commentaire

Le sens de la connaissance au coeur de SynerGétude

La cartographie de nos recherches est large et complexe. Elle a pour motivations premières la maîtrise du concept de connaissance et des mécanismes d’apprentissages sous-jacents  qui sont à l’origine de la création de la connaissance. Qu’elle soit formelle ou implicite, tacite ou explicite au sens de Nonaka et takeuchi, il s’agit pour nous aujourd’hui d’essayer de comprendre et de décrire les modèles qui se cachent derrières notre rapport au savoir, à l’expérience, à la création, à la maturation des projets professionnels et à la transmission des savoirs et du patrimoine de connaissances que nous développons tout au long de notre vie.

Essayer de capitaliser des connaissances aujourd’hui, en appréhendant  les mécanismes d’apprentissage, c’est avant tout prendre conscience de la réalité complexe et transdisciplinaire du problème et de sa contextualisation le plus souvent dans des organisations complexes, où nous sommes appelés à décrire la complexité des interactions  des entités inhérentes à des disciplines interdépendantes pour la compréhension des systèmes complexes .

En génie cognitif, simplement et au delà des interactions naturelles que nous pouvons imaginer  entre la pédagogie, la psychologie et les sciences cognitives. Et dans un contexte, où notre regard sur le monde se forge au rythme  notre consommation des TIC, « Notre sensorialité – fruit de notre organisation cérébrale – est confrontée sans cesse à de nouveaux types de « couplage » à l’environnement, dans un contexte auditif et visuel en constante (r)évolution. » Francisco Varella.

Dans les arts numériques encore, quand le sujet est source et canal de création, nous déclenchons des dialogues entre des « technodata » et des « biodata ». Comme le décrit Diana Domingues dans « Interfaces et vie dans le Cyberart ». Elle relève à ce titre l’importance de la dimension comportementale de l’art interactif, dans laquelle un corps est enclin à ressentir quelque chose qui amplifie sa dimension du monde.

Notre démarche méthodologique applique les principes de modélisation des systèmes complexes, qui imposent de façon systématique des allers et retours croisés entre une analyse focale et une analyse globale, sous tendue par des projets de type « recherche-action ».

Nos recherches se concentrent autour de plusieurs mots clés qui sont :

Enaction, cognition, cognitique, pensée complexe, pédagogie différenciée, pédagogie active, knowledge management, prospective, innovation, création, capitalisation des connaissances, transmission des savoirs, école, entreprises, sémiotique, neurosciences, linguistique, entreprise 2.0, plates-formes collaboratives de bonnes pratiques, intelligences collectives, IHM, intelligence artificielle, intelligence sensible.

L’enjeu scientifique étant d’arriver à décrire et à appréhender  la complexité des mécanismes d’apprentissages dans l’acquisition des connaissances en un premier temps avant la capitalisation et la transmission en un second temps.

Les enjeux applicatifs sont énormes dans tous les domaines qui vont toucher à la formation, à l’apprentissage, à la recherche et au management des connaissances. Les entreprises, premières concernées par les problématiques de départ à la retraite des séniors experts, pourront acquérir des outils et des protocoles leur permettant de mieux cerner leur capital connaissances et de le gérer de façon constructive et optimale. Dans les écoles, les universités et les lieux de formations, la formation des formateurs pourra gagner en qualité et en efficacité grâce aux méthodes et aux modèles qui pourront être enseignés et expliqués.

Copyright © 2011 (Auteure:Férial BENACHOUR-HAIT). Tous droits réservés. 11/09/2011.