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Les défis sociétaux de l’Europe : une analyse des tendances sociétales mondiales à l’horizon 2030 et leurs impacts sur l’UE

Le Cercle Europe et Economie Sociale (CEES) s’est réuni en juillet 2014 autour de Jérémy Ghez, professeur affilié d’Economie et de Géopolitique à HEC Paris et chercheur à RAND Europe pour débattre de l’étude « Les défis sociétaux de l’Europe : une analyse des tendances sociétales mondiales à l’horizon 2030 et leurs impacts sur l’UE » réalisée par RAND Europe à la demande du BEPA de la Commission européenne.
La commission Européenne, dans son travail d’anticipation et de prospective, cherche à évaluer l’Europe qui pourrait se dessiner à l’horizon 2030. Dans cette optique elle s’est dotée de commissions chargées de documenter et d’étayer ces recherches. Le think tank interne de la commission, le BEPA, a ainsi développé de « système ESPAS » quia lancé un appel d’offres pour documenter les travaux entrepris selon trois grands axes : social, économie et relations internationales. RAND Europe, dont Jérémy Ghez fait partie, a remporté l’appel à projet concernant la partie sociale : il exposait le 10 juillet les résultats de leurs travaux aux membres du Cercle.
De leur travail les personnes de RAND Europe ont dégagé quatre axes fondamentaux dont découlent plusieurs pistes de résolutions possibles.
Quatre signaux forts
1 – L’étude met en avant la montée en puissance d’une classe moyenne mondialisée. Caractérisée par un niveau de vie élevé et une adéquation aux « valeurs de l’occident » l’étude l’envisage comme dominante et considère que son accaparation des richesses, notamment énergétiques, est une potentielle source de tensions à l’échelle mondiale :
2 – Car si l’étude met en avant la constitution de cette classe dominante mondialisée, elle met aussi en avant la vulnérabilité accrue de celles qui n’en font pas partie. Cette« génération perdue » se caractérise par un taux de chômage élevé, particulièrement chez les jeunes, et un skills gap de plus en plus important.
3 – Dans ce contexte de tensions autour de l’accès au travail et aux ressources RAND envisage tout de même une évolution des individus vers plus d’investissement et de connectivité. Dans le même temps Ghez reconnait que la fracture numérique mondiale ne va pas dans ce sens et tend à nuancer cette tendance.
4 – Le dernier élément de transformation fondamental est démographique : la population européenne est de plus en plus âgée et cette tendance va continuer à s’intensifier. Conséquence, la portion de la population active va devenir de plus en plus réduite et le coût (santé, vie) du vieillissement de la population sera de plus en plus lourd à porter. Conséquence directe également, la solidarité intergénérationnelle s’inverse et ce sont désormais les plus âgés qui soutiennent et aident les générations plus jeunes (la terminologie jeune étant entendue dans le sens 18-35 ans du fait de l’arrivée de plus en plus tardive sur le marché du travail).
Une crise de gouvernance
Dans ce contexte, la génération perdue concentre l’intérêt des chercheurs : comment constituer un idéal, comment donner envie de construire ensemble, de faire société et d’entreprendre à cette génération quasi-sacrifiée ?
L’un des principaux soucis de cette génération réside dans la défiance envers l’héritage culturel de la vieille Europe : qu’il s’agisse de son organisation politique ou du collectif et de ses modalités, ils sont en défiance. De fait, cette génération, qui constituera le monde de 2030, vote peu, s’abstient beaucoup, et se trouve représentée par la partie la plus âgée de la société ; ce qui ne fait qu’accentuer un clash générationnel. Car si dans les années 2010 l’effondrement des tours du World Trade Center a généré la prise de conscience d’un clash des civilisations, la situation mondiale (le cas de l’Irak le montre par exemple) évolue vers un encore plus instable clash au sein des civilisations. Pour lui, ce clash pourrait même être qualifié de générationnel.
Dans le cadre de son étude, RAND Europe n’a eu aucun contact avec les secteurs sociaux et son étude souffre de ces lacunes. Le secteur de l’économie sociale, pourtant outil potentiel d’évolution positive, reste absent de ce travail. Pour les membres du CEES ce rapport a pour objectif de nourrir la réflexion du secteur privé aussi bien que public et il est urgent de faire en sorte de rétablir le dialogue entre eux.

Source : Petit-déjeuner du Cercle Europe et Economie Sociale (CEES) : http://www.cercle-ecosociale.eu/Activites.html

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Du fûdo à la transdisciplinarité, ou la logique du tiers caché

Un magnolia qui fleurit, l’herbe verte couverte d’un champ de pâquerettes, le soleil qui nous caresse et le chant des oiseaux qui nous berce. La nature sait prendre soin de nous avec douceur et délicatesse. Elle réveille nos sens, exacerbe nos envies de créer et aiguise notre envie d’entreprendre. Notre communion avec la nature est une voie vers la paix intérieure et notre harmonie avec l’univers. Le sol que nous foulons, à lui seul, en une seule petite poignée représente toute la symbiose cosmique de notre existence.

Un artiste en a fait une matière à penser et une voie de cheminement philosophique et spirituel. Il s’appelle Kôichi Kurita, il est japonais et a consacré sa vie à la terre, son symbolisme, son essence, son topos. Baigné dans la culture du bouddhisme et du shintô, propice à l’humilité et au dépouillement de l’expression de soi, il produit tous ses gestes en harmonie avec ces deux religions profondément ancrées dans la vie japonaise. De la forme du sable qu’il récolte à son installation, tout est étudié de façon à respecter la tradition et transmettre une sagesse, un enseignement. Il écrit1« En préférant le chiffre 108 au chiffre 100 et le chiffre 49 au chiffre 50, mon œuvre fait ainsi explicitement référence au bouddhisme : les 108 perles du juzu, le chapelet utilisé pour les prières, rappellent les 108 désirs mondains dont nous sommes pétris et, sur la voie de l’Éveil, l’étape 49 est celle de la sagesse-piété qui pénètre toute chose. Quand j’installe des carrés sur le sol, je me base sur une mesure de 3 x 3 pour composer des multiples – 9 x 9, ou 27 x 27 –, mesure qui reprend très clairement la structure même des mandalas. De même, je donne parfois à mes amas de terre une forme conique qui évoque le mont Sumeru2. Et, quand je dispose de la terre sur des feuilles carrées de papier japonais non blanchi, cette démarche se rattache évidemment au style du shintô ». Adoptant une démarche extrêmement épurée et éclairée sur le rôle de l’artiste dans la société, il rappelle que ce dernier doit se doter d’une forte aptitude à renoncer à ses idées préconçues pour arriver à présenter les choses telles qu’elles sont. Il propose ainsi d’appeler art : « ce qui se passe à l’instant où quelque chose vient irriguer, en profondeur, le cœur de celui qui découvre l’œuvre ».

Il insiste aussi sur la limite parfois des arts plastiques tant il est nécessaire pour lui que l’œuvre transpire, et respire la vie et le monde dans toute sa complexité. En racontant son cheminent et sa démarche artistique, Kôichi Kurita, évoque sa forte imprégnation de l’île nipponne où la notion du sol (do) et l’air (fû), en un mot (fûdo): sol et air, résume toute cette saveur de nuances chatoyantes que représente sa culture. Il écrit : « l’art nous permet d’échapper à la banalité du quotidien en explorant des dimensions et des espaces toujours propices à nous réveler et à révéler la complexité du monde. Le terme (fûdo) exprime notre symbiose avec la nature, l’art nous fournit l’occasion d’un tel éveil. ».

Sillonner le monde, observer les mouvements des marées, attendre les soirs de plaine lune pour ramasser des cailloux, se mettre en état de réceptivité cosmique par rapport à l’attraction lunaire, et ramasser des poignées de terre du monde entier : la substance la plus complexe et la plus proche de nous dans sa constitution, tant elle renferme nos mouvements, notre énergie, nos substances organiques et nos résidus civilisationnels. Voilà ce qu’a été jusqu’à présent l’entreprise fabuleuse de Mr Kurita.

Dans ses démarches philosophiques et artistiques, il entame aussi une démarche scientifique quand il observe l’univers, se met en réception cosmique, analyse le contenu de ses prélèvements, les travaille, les commente, les théorise et les classe.

En rencontrant l’artiste, ce dimanche 9 mars et en découvrant son œuvre à travers la bibliothèque de Terre exposée au domaine de Chamarande3, j’ai fait 2 jours plus tard la découverte d’un texte4 qui est venu cristalliser tous mes travaux et tous ces champs d’investigations que j’avais labourés, tournés, retournés et qui se voient rassemblés dans leur complexité grâce au liant de la transdisciplinarité.

La transdisciplinarité, concerne ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les disciplines et au delà des disciplines. Son but est de comprendre le présent à travers l’étude des interactions entre l’objet et le sujet, afin de voir émerger une nouvelle connaissance unificatrice. La transdisciplinarité emprunte une méthodologie axée sur 3 axiomes : l’axiome ontologique, l’axiome logique et l’axiome épistémologique, afin d’aboutir à l’émergence du Tiers Caché : « gardien de notre mystère irréductible, symbole du sacré qui assure la cohérence de l’ensemble des niveaux de réalité par leur interaction perpétuelle ». Comme le présente le physicien B.Nicolescu5, la notion de « Niveaux de réalité », est la notion centrale de la transdisciplinarité. « Les niveaux de réalité sont de véritables cosmos interconnectés ». « le tiers caché dans sa relation avec les niveaux de réalité est fondamental dans la compréhension de Unus Mundus…La réalité est Une , à la fois unique et multiple…La personne humaine, apparaît comme étant l’interface entre le monde et le tiers caché…L’élimination du tiers caché de la connaissance, signifie un être humain unidimensionnel, réduit à ses cellules, neurones, quarks et particules élémentaires»

Kôichi Kurita répète depuis 20 ans « En prenant pour thème « la diversité du monde », je vais continuer,à travers l’art, à transmettre la beauté sans fard et le prix inestimable de la terre qui se trouve là, sous nos pas. ». c’est une prise de conscience de la complexité du monde et de sa diversité. L’artiste y joue son rôle de passeur de sens, de signifiances, de sensations. Un médiateur entre le savoir et la connaissance.

Nous sommes aujourd’hui confronté à la nécessité d’un passage de sens entre le monde de la science qui accroit le savoir et le savoir-faire et celui de la non-rationalité (qui n’est pas l’irrationalité) ouvert à la connaissance de soi exhalée par l’expérience, spirituelle, artistique et poétique.

Démarche holiste et salutaire pour mieux cerner le monde d’aujourd’hui avec toute sa complexité physique au sens de de l’énergie, de l’information, de l’espace-temps et de la substance, ainsi que de sa diversité culturelle. Seule une harmonie avec la nature et un véritable dialogue avec les autres cultures et religions, pourra nous permettre de construire cette nouvelle ère de la Cosmodernité, basée sur un nouveau modèle de civilisation, et motivée par une unification de la connaissance en accord avec le mouvement global de la réalité.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./03/2014.Tous droits réservés

1Dans son mémoire de résidence au domaine de Chamarande en France. Juillet 2013.

2 D’un terme sanscrit signifiant montagne d’une hauteur merveilleuse. Dans la cosmologie bouddhique, ce mont immense, situé juste au centre du monde, est l’axe de révolution du soleil et de la lune.

3 Qui accueille une expoistion inédite de bibliothèque de Terre de l’artiste dans son Orangerie jusqu’au 11 Mai 201

4La Transdisciplinarité, Le manifeste. Basarab Nicolescu. Edition du Rocher. 1996.

5Dans sa conférence « Dialogue et transdisciplinarité » à l’UCP, Juin 2013.


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« La Fabrique » de SynerGétude : Un incubateur d’innovations sociales, Un laboratoire d’anthropologie cognitive

Étymologiquement, l’origine du mot Fabrique vient du latin fabrica (« boutique, atelier, forge »), dérivé de faber (« artisan, ouvrier »). Notre Fabrique se veut l’atelier d’incubation et de création d’œuvres artistiques qui matérialisent les créations et développements de projets Recherche-actions en innovations sociales.

La Fabrique de SynerGétude, est un lieu de Praxis pour les chercheurs, artistes, acteurs et partenaires institutionnels qui interviennent à travers leurs interactions avec l’œuvre en création. Ils apportent leurs contributions à travers leurs imaginaires et leurs propres appropriations du projet.

La fabrique se veut le lieu dépositaire des émotions et des substrats qui les traduisent : couleurs, sons, sculptures, peintures, textes, écritures,…

La Fabrique, Atelier de création et Galerie d’art et d’expressions, expose in fine l’œuvre incrémentée proprement dite qui continuera d’évoluer au grès de ses différents publics et de ses multiples rencontres.

L’empreinte cognitive d’une mémoire sociale : un laboratoire d’anthropologie cognitive

La Fabrique enregistre et informe au temps T sur la vitalité sociale et artistique d’une société. Sous le prisme pédagogique, il s’agit d’apprendre à matérialiser sous forme d’œuvre artistique un projet sur une problématique sociale bien définie, en mobilisant toutes les énergies physiques et intellectuelles qui peuvent être mises à contribution. Le but étant d’arriver à harmoniser nos gestes et nos contributions dans une création collective en partageant des objectifs communs d’innovations sociales, en quête de renouvellements et de mutations dans nos pratiques éducatives, nos méthodes de management et nos modes de gouvernance.

La co-construction de connaissances et la co-création artistique font déplacer le centre de gravité de l’art et de la culture dans la cité. C’est un nouveau barycentre géométrique socio-artistique qui se dévoile à travers une proximité plus importante entre l’art et le citoyen, entre la science et le citoyen, entre l’art et la science, entre nous et l’espace de création, entre nous et la société.

La Fabrique devient aussi par conséquence et naturellement, le lieu de développement d’un réseau de connaissances et de pratiques qui vont s’inscrire dans un processus de créations cognitives transverses. Cette autre œuvre sous forme d’hypomnemata , va à son tour constituer la mémoire entropique et l’empreinte cognitive de la société qui aura contribué à la création de cette œuvre collective. Elle devient de fait un véritable laboratoire d’anthropologie cognitive.

Une atelier itinérant pour une œuvre nomade incrémentale

Enfin, pensée comme un atelier itinérant, « La Fabrique » porte une œuvre nomade sans cesse augmentée. Celle-ci va se développer le long de ses résidences multiples dans des contextes culturels diversifiés. Elle s’enrichit et s’incrémente grâce aux contributions co-créatrices et co-constructives des acteurs, au profit du projet qu’elle détient. C’est une approche conceptuelle extrêmement novatrice, holiste et globale de la co-création sociétale jamais encore expérimentée sous l’angle de la transdisciplinarité, de la multi-culturalité et de la diversité géographique.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT.11/2013.Tous droits réservés


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Maturité Cognitive et Intelligence Collective, pour une Gouvernance Viable des Organisations

Cet article est aussi disponible sur le bulletin de veille de la Revue Créativité Québec N°101 d’Avril 2012.

La mémoire d’une organisation, sa  maturité et une gestion stratégique de ses ressources sont des critères fondamentaux pour une gouvernance viable.

Mais qu’est ce que qu’une gouvernance viable pour une organisation?

Les premières ressources d’une organisation sont son capital humain, lequel en déployant son énergie et ses connaissances va contribuer à alimenter et transformer ces mêmes ressources, qui se doivent d’être formalisées, analysées et capitalisées pour constituer la mémoire de l’organisation.

Mais qu’est ce que la mémoire d’une organisation ?

A l’échelle d’une entreprise, la mémoire d’une organisation, est son premier capital issu de son patrimoine de connaissances cumulées, transformées, exploitées, transmises, enrichies et re-qualifiées.

La mémoire d’une entreprise est aussi intrinsèquement liée à son identité propre, à ses ancrages culturels, et à la philosophie qui émane de son développement et des valeurs qui y sont instillées.

Ces composantes immanentes à l’entreprise vont générer une valeur entropique de l’organisation, résultat d’une énergie en constante transformation et en résonance avec la développement de ses propres ressources ( départs ou accueil de collaborateurs, retours d’expériences, formations, tutorats, synergies et transactions avec l’écosystème partenarial, économique et social…). Cette mémoire va nourrir un processus de transformation dense et complexe qui va générer sa maturité.

Mais Qu’est ce que la maturité d’une entreprise ? 

La maturité d’une entreprise, est sa capacité à déployer et à engager des postures réflexives sur le contenu de son patrimoine de connaissances générées, sa capacité à l’exprimer et à le formaliser, à le transmettre et à le capitaliser. A ce titre, les collaborateurs, les managers et les décideurs doivent être en mesure de décrire les missions qui sont les leurs, de répondre à la réalité de l ‘entreprise par rapport à son identité, sa philosophie, sa culture et pouvoir se projeter en proposant une vision prospective quand à l’avenir de leur entreprise  .

La maturité d’une entreprise, se conçoit et se perçoit aussi comme l’ensemble des activités méta-cognitives conscientes ou inconscientes engagées de façon autonome par ses employés dans des déterminants situationnels, en rapport avec l’exécution performante des tâches à réaliser et des apprentissages permanents induits par la masse de travail exécuté.

 La maîtrise des connaissances, un processus de transformation…

Les managers et les employés d’une entreprise sont confrontés en permanence à la gestion des concepts inhérents à leur environnement, à leurs constructions, leurs représentations, à leurs réalisations et à leurs contrôles.

Un apprentissage qui passe par une maîtrise des formalismes et des concepts d’une organisation est un gage inaliénable d’efficience permanente, de compétence et de compétitivité.

En dédiant des équipes par processus métier à l’analyse et à la qualification des concepts générés et gérés  par l’entreprise, nous pouvons développer des « Moteurs de création de connaissances ». Avec la création de corpus spécialisé et interdisciplinaire, c’est un véritable thésaurus de connaissance qui est mis à disposition des salariés pour répondre à des problématiques complexes sollicitant des recours à des formalismes précis et complexes.

Ce travail en amont et en parallèle, va s’avérer stratégique dans la compréhension et la fluidité des discours et des supports qui vont accompagner le déploiement de tout type d’opérations nécessitant une connaissance globale et maîtrisée des ressources de l’entreprise.

L’efficacité ne sera plus vécue comme le déploiement d’un management lourd et contraint au détriment des ressources engagées, mais comme une philosophie d’actions pertinentes engagées collectivement en cohérence et en cohésion avec les déterminants conceptuels existants, qui préfigurent de la naissance d’une organisation apprenante.

….pour l’émergence d’une organisation apprenante

C’est en terme de synergie que doit être imaginé, le développement d’une organisation apprenante et capitalisante.

La pro-activité de chaque composante d’une organisation, consciente de ses ressources cognitives et opérationnelles, va induire des postures responsabilisantes et responsabilisées qui auront pour conséquence de faciliter la mise en place et le développement des structures permettant l’émergence et l’édification d’une organisation apprenante.

Pour accompagner les entreprises dans cette démarche de transformation et d’édification progressive, j’ai conçu un modèle générique basé sur un processus itératif et incrémental, qui génère une empreinte propre à chaque organisation, que j’ai nommé ECOV® (Ethos Constitutionnel d’une Organisation Viable), et qui représente le gisement cognitif et culturel qui est produit par une organisation sous formes de connaissances et des valeurs philosophiques qui la caractérisent.

Un modèle Générique…

Autour d’éléments centraux que vont constituer les collaborateurs et leurs connaissances, viennent se superposer et s’incrémenter par strates successives les phases de conscientisation et d’expression des connaissances, de formation et d’information, de co-création et de co-construction des idées, de co-production tangible et transcription écrite des connaissances.

1.      Sensibilisation et Conscientisation sur les ressources cognitives: Les acteurs et décideurs doivent être sensibilisés à leur capital premier : leurs propres ressources : leurs connaissances (formelles, tacites, implicites), leur savoir-faire et leur savoir-être, et leur faire prendre conscience du capital stratégique dont ils disposent.

2.      Expression et transmission des connaissances : Donner aux porteurs de connaissances les moyens qui leur permettent d’exprimer leurs connaissances,  de les expliciter et de les transmettre à leurs collaborateurs et leurs cercles de management en toute fluidité. Cela passe par des ateliers catalyseurs de connaissances, à travers des problématiques existantes ou imaginées, des mises en situations pratiques ( simulations, war rooms) qui auront pour objectifs de formaliser et de transcrire des connaissances acquises et d’en révéler d’autres qui sont  ignorées.

3.      La formation et l’information Savoir et pouvoir accompagner les porteurs de connaissances, en les formant à la culture de l’innovation, et en les initiant aux  réflexes et aux règles de conduites en matière de transferts et de capitalisations des connaissances.

Des valeurs qui incitent à la créativité et à la requalification des méthodes de management, dans le traitement  de l’efficacité, la réactivité, la pro-activité, et la prise de décision.

4.      Co-construction et Co-création Développer et déployer des méthodes de travail collaboratif, sous forme de plate-formes collaboratives, de communautés de pratique et de partage des connaissances.

5.       Une mémoire écrite : Instaurer une culture et une tradition de transmission écrite des connaissances. Une sorte de livre blanc ouvert qui retrace la mémoire de l’entreprise de façon chronologique et faisant référence aux grandes mutations qu’a subies l’organisation depuis sa création. Qui retrace l’empreinte et les idées des anciens et des acteurs actuels de l’entreprise, leurs visions du monde, leur stratégies de management et leur appréhension du futur de l’organisation.

6.       Grundsatzfragen (ou Questions fondamentales) :doivent faire l’objet d’une véritable réflexion pour la pratique et l’art de poser des questions efficaces( qui existe déjà dans les entreprise allemandes) et que je qualifierai  d’étapes stratégiques en matière de maturation d’idées et d’innovation (que l’on peut imaginer au sein de la R&D, et/ou faisant partie de chaque département métier). Véritable catalyseur d’énergies et incubateur d’idées,  cela va contribuer à faire émerger une grande part de la mémoire de l’organisation en résonance avec son écosystème partenarial, économique et social. L’interactivité permanente avec les tous les acteurs de l’entreprise, va aider à la création d’un climat et d’une ambiance propice à la transparence et à aux partages d’informations entre tous protagonistes.

7.      Une entreprise 2.0 La vision pyramidale du management, devrait céder la place à une horizontalité plus en phase avec une société qui se web2zéroise, de plus en plus autonome et connectées à des réseaux d’experts, à des forums spécialisées, et qui est à même de prendre des initiatives en terme de recherche d’informations, d’auto-formations, d’auto-évaluations et de postures entrepreunariales par rapport à des marchés qui sont en version béta permanente. Des approches ontologiques plus en phase avec la folksonomie, et des interactions entre les départements et les processus plus désiloisés, pour une véritable mutualisation des connaissances.

…pour une gouvernance viable

Un ECOV®, va nourrir et constituer son capital de viabilité reposant sur les concepts de résilience et de résistance aux chocs, de flexibilité et d’adaptation aux changements avec une capacité de renouvellement de ses ressources dans une continuité économique de croissance.

La maturité d’une entreprise, est in fine l’empreinte cognitive et culturelle, qu’elle produit sous formes de connaissances et de valeurs philosophiques et éthiques qui la caractérisent.

Par processus itératif et incrémental, une organisation devient ce qu’elle est et continue à se développer grâce à l’émergence d’un ETHOS de connaissances, de conscience et de confiance : réceptacle permanent d’un processus de maturation cognitive et d’intelligence collective.

A l’heure où dans un grand nombre de pays, toute une génération des baby-boomers, est sur les bancs des départs. Une génération nouvelle se met aux manettes avec des réflexes et des codes qui méritent qu’on s’y attarde et qui nécessitent surtout la mise en place d’un véritable protocole de management inter et trans-générationnel, qui aura pour vocation de capitaliser les savoirs des anciens et de les relayer tout en appréhendant les nouvelles énergies arrivantes, en développant de véritables courroies de transmissions capitalisantes.

Valoriser les compétences des uns et des autres, c’est aussi inscrire l’entreprise dans un sillage d’innovation permanente qui va se nourrir de son ETHOS Constitutionnel et créer les conditions favorables pour la pratique d’une gouvernance viable.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT.04/2012.Tous droits réservés.


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Epanouissement social : De l’étude systémique à une éthique de reliance

La richesse des nations, n’est plus basée sur leurs ressources naturelles, mais sur le niveau de connaissances accumulées par la population. Le véritable leadership mondial, est un leadership dans la maîtrise des compétences-clés.

Mais en même temps que les sources de savoir se multiplient dans le monde, les connaissances  acquises se périment rapidement tandis qu’il faut en acquérir de nouvelles. Avec l’avènement du numérique, nous vivons une révolution anthropologique majeure qui multiplie les gisements de savoirs et facilite l’accès à  toutes les formes de connaissances que l’humanité produit. Une nouvelle génération, qualifiée de digitale, est née. Elle a la maîtrise  instrumentale de tous les gadgets numériques. Elle ne connaît que cela.

L’école ne peut continuer à ignorer ces mutations profondes que traversent nos sociétés. L’école doit se repenser. Nous devons revoir nos méthodes d’enseignement, comprendre les subtilités cognitives que recèle cette maîtrise instrumentale des outils multi-médias. Apprendre un peu plus des neurosciences et des sciences cognitives pour adapter notre discours et notre démarche pédagogique à ce nouveau public d’élèves qui nous apprend chaque jour, un peu plus sur nous même et qui nous trace peut être déjà la voie de notre propre révolution.

Il faut réinventer les outils et supports pédagogiques qui mettent en avant à la fois la culture artistique, les capacités d’expression et de communication, la connaissance du monde avec les réalités de l’emploi et des parcours professionnels. En plaçant l’élève au cœur de l’activité  éducative, son rôle redevient central en tant qu’acteur de sa propre production de valeur (connaissances). L’enseignant, qui devra jouir d’une grande culture générale, au fait des mutations et des transformations sociétales, n’aura plus un rôle central, mais un rôle essentiellement instrumental dans l’acquisition des connaissances [1], afin de  libérer toutes les énergies créatrices des élèves pour les accompagner dans leur propre construction du savoir au cours de leurs curriculums.

A une autre échelle, cette mutation profonde que vit notre société se manifeste encore plus brutalement dans le monde du travail où la plupart des professions se redéfinissent, et où les compétences se complexifient pour répondre aux  nouveaux besoins exprimés par les clientèles et les avancées technologiques. Des tensions visibles sur des profils et des compétences en déficit, obligent les acteurs de la fonction à se former dans un marché du travail en mutation.  A côté de cela, les discours de  rentabilité et de productivité ont atteint leurs limites en management et en capacités d’innovations.

Pour inventer l’avenir de leur entreprise, les décideurs et dirigeants d’aujourd’hui ont besoin de comprendre pour agir, d’élargir leur horizon de pensée, de prendre de la hauteur par rapport à la complexité du monde  qui se globalise, la transformation profonde qui s’opère dans nos entreprises, avec l’avènement d’outils agiles de communication, de plate-formes collaboratives de partage de connaissances. C’est toute l’organisation et le partenariat écologique de l’entreprise qui est appelé à transmuer pour révéler un nouvel art de manager et de produire de la valeur.

C’est l’entreprise 2.0, qui porte aujourd’hui cette  métamorphose structurelle et organique dans l’espace de travail, qui devient plus poreux et plus ouvert, avec une véritable désiloisation des connaissances en quête d’un knowledge management qui recentre les besoins de l’entreprise autour de son capital humain et ses ressources cognitives, i.e autour de praxis qui vont mobiliser et cultiver de grandes fonctions cérébrales comme l’attention, l’écoute active et l’imagination, véritables moteurs pour la créativité et l’innovation.

Cette vision systémique ne pourrait être exhaustive sans le maillon intermédiaire de la chaîne de valeur entre l’école et l’entreprise.  L’université et l’enseignement supérieur qui ne peuvent se soustraire à ce vent de changement. Ces institutions doivent à leur tour se repenser, et leur renouvellement passe immanquablement par l’innovation pédagogique. Parce que les demandes du marché du travail changent. Parce nombre des métiers de demain ne sont pas encore crées, parce que nos connaissances et le travail professoral change et parce que les élèves et les étudiants changent.

Cela va nécessiter de l’énergie, de l’engagement et une prise de conscience de la complexité du monde[2] qui s’offre à nous désormais dans ses gouvernances, ses organisations, ses sciences, ses systèmes de pensées,… Nous aurons besoin de citoyens essentiellement humains, sensibles, créatifs, innovants, pro-actifs et  porteurs de projets avec une maîtrise du sens de la globalité et de la complexité en tant que paramètres endogènes et exogènes à notre épanouissement social.

      Copyright © Férial BENACHOUR-HAIT. 10/11/2011. Tous droits réservés.


[1] Maurice Boivin : les nouveaux paradigmes pédagogiques

[2] La Méthode. Edgar Morin.