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Mutualisons nos connaissances pour imaginer, créer et innover


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La Data agilité : une condition vitale pour la pérennité de toute organisation

Aucune entreprise ne peut aujourd’hui dire de façon certaine si elle existera encore dans dix ans. Soumises à des innovations de rupture et une forte pression concurrentielle, les organisations non préparées sont condamnées à disparaître laissant la place aux mieux adaptées.
Depuis les mutations technologiques induites par l’apparition de l’informatique, d’internet, et la production massive et maillée de données complexes, le rythme de transformations des entreprises s’est accéléré comme jamais, entraînant des menaces et des risques évidents de destruction des activités commerciales dans tous les secteurs. Un rapport récent de la Yale University, montre que l’âge moyen des entreprises du Top 500 américain qui était de 67 ans en 1920, est passé à 15 ans seulement aujourd’hui.
La data agile, occupe désormais au sein des processus de veille technologique, un rôle stratégique dans la gestion des organisations, garantissant leurs survies dans un univers économique vernaculaire et sans frontières, qualifié de VUCA : volatile, uncertain, complex, ambiguous, en échos systémique à des données et des informations volatiles, complexes, et incertaines, et en leur prescrivant des transformations disruptives pour continuer à évoluer dans ce contexte de « Darwinisme digital ».
Cette capacité de réaction, vitale étant fortement dépendante de la culture « Data Agile » existante, SynerGétude crée dans le sillage de ses butinages à la pointe des pratiques et des techniques les plus innovantes, une cellule de veille stratégique et d’innovation qui se veut avant tout force de proposition dans l’acquisition des technologies d’analyse et de veille de l’information permettant à l’entreprise de proposer davantage de valeur ajoutée à ses clients et une facilitation interne de l’analyse, l’organisation et la restitution de l’information pour l’aide à la prise de décision.
Pas de veille sans veilleur, SynerGétude propose à cet effet des ateliers, des séminaires et des formations pour former vos collaborateurs à la Data agile et à la veille stratégique, pour devenir Data agile en apprenant entre autre à faire son audit de Data, mettre en place un process de veille stratégique élargi, et conduire des projets d’innovation en mode agile.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./10/2018.Tous droits réservés.


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Ingénierie du Web et Big Data : de l’informatique cognitive à l’informatique quantique

Web Sémantique, Informatique Cognitive et Big Data : trois terminologies, trois concepts au cœur de l’économie digitale, des traitements de données complexes, et à l’aune d’une ingénierie des connaissances qui va de plus en plus se greffer au Web et aux systèmes de données complexes générées par les manipulations exponentielles que nous opérons en permanence à travers nos interactions directes ou indirectes au contact de données digitales qui concernent aussi bien la sphère professionnelle que la sphère privée. Des mutations nouvelles s’opèrent sur la publication des contenus, la manipulation du sens et des mise à disposition des savoirs, de recueil et de traitement ubiquitaire des données, aujourd’hui incarné par le Web et instrumenté par deux branches en pleine expansion de l’ingénierie :
(1) l’Ingénierie des Connaissances (IC), héritière des travaux en Intelligence Artificielle (IA) sur la formalisation des connaissances et du langage.

(2) l’Ingénierie du Web, qualifiée d’« ingénierie philosophique » par Tim Berners-Lee, et qui par l’expansion du Web et des Web Technologies s’est accompagnée très tôt (dès 1994) d’un développement parallèle de systèmes capables de traiter données et contenus symboliques à partir de leur sémantique afin d’automatiser la gestion du sens : c’est le propos du Web Sémantique.

Pour mieux appréhender ces formalismes, le n°61 de la Revue Intellectica a été entièrement consacré à la philosophie du Web et à l’Ingénierie des Connaissances.
L’Ingénierie des Connaissances y est présentée comme le prolongement de certains programmes de recherche de l’IA, dont celui qui vise à formaliser l’activité de raisonnement et à fournir une caractérisation formelle des contenus des connaissances, afin de permettre leur traitement automatisé.
Il en ressort aussi une très forte porosité entre l’ingénierie du Web et l’ingénierie des connaissances au regard des paradigmes et courants de sciences cognitives qui vont aider au travail de modélisation des connaissances à mener en vue de concevoir leurs dispositifs, et leurs propres productions qui vont permettre d’alimenter des discussions épistémologiques en sciences cognitives, en particulier en ce qui concerne le caractère distribué et externalisé de la cognition ou le rôle qu’y remplissent les représentations.
Pour reprendre l’analyse d’Alexandre Monnin :« Le Web acte non seulement l’externalisation généralisée des savoirs et des données mais il fournit également le cadre où s’exercent désormais majoritairement les activités de l’Ingénierie des Connaissances. Il constitue à ce titre une étape supplémentaire vers l’augmentation cognitive, témoignant par extension de la dépendance accrue de la pensée vis-à-vis des réalités de la technique ».
Au travers de ces techniques d’ingénieries au sein du Web, vont se profiler et se développer des systèmes d’informatique cognitive ou Cognitive Computing Systems (où IBM se positionne en tant que Leader en matière de R&D) aux confluents de la Conscience Artificielle, du Machine Learning et de la Business Intelligence en tant qu’outils stratégiques d’aide à la décision dans le traitement des Big Data, désignant aujourd’hui des ensembles massifs de données multi-variées et accumulées à très grande vitesse sur des individus et par des organisations, via le Web, les réseaux sociaux, et maintenant avec de plus en plus de capteurs constituant déjà ce que l’on appelle l’Internet des Objets.
La croissance du Big Data est accélérée par la digitalisation grandissante de l’information et le flux informationnel qu’elle génère, augmentant, aussi bien en volume qu’en vitesse, les variétés et les incertitudes des données traitées.
La plupart des données produites aujourd’hui se présentent sous des formes non structurées telles que la vidéo, les images, les symboles et le langage naturel. Un nouveau modèle de calcul est donc nécessaire pour que les entreprises puissent les traiter, leur donner un sens, afin d’améliorer et étendre l’expertise de l’homme. Et plutôt que d’être programmés à anticiper chaque réponse possible ou mesures nécessaires pour remplir une fonction ou un ensemble de tâches, les systèmes informatiques cognitifs sont aujourd’hui apprenants (ils se « forment » et s’entrainent) en utilisant l’intelligence artificielle et les algorithmes du Machine Learning pour détecter, prédire, déduire et parfois penser, dans la perspective d’atteindre un jour une véritable Conscience Artificielle.
Au regard de ce qui se prépare aujourd’hui et de ce qui se joue de façon décisive dans la révolution numérique, c’est tout un système dédié à la manipulation des savoirs qui est mis en marche, et qui va aller en bouleversant toutes nos habitudes de traitement et d’analyse des données et des connaissances qui en résultent.
Les questions de sémantique et d’ontologie dans le traitement des connaissances multiples et complexes, auront un rôle majeur à jouer pour l’appréhension des différents langages humains et leurs subtilités.
La part relative de l’informatique cognitive, devenant une évidence face à la prochaine révolution qui est déjà en marche : celle de l’informatique quantique.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./03/2015.Tous droits réservés.

 


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Les défis sociétaux de l’Europe : une analyse des tendances sociétales mondiales à l’horizon 2030 et leurs impacts sur l’UE

Le Cercle Europe et Economie Sociale (CEES) s’est réuni en juillet 2014 autour de Jérémy Ghez, professeur affilié d’Economie et de Géopolitique à HEC Paris et chercheur à RAND Europe pour débattre de l’étude « Les défis sociétaux de l’Europe : une analyse des tendances sociétales mondiales à l’horizon 2030 et leurs impacts sur l’UE » réalisée par RAND Europe à la demande du BEPA de la Commission européenne.
La commission Européenne, dans son travail d’anticipation et de prospective, cherche à évaluer l’Europe qui pourrait se dessiner à l’horizon 2030. Dans cette optique elle s’est dotée de commissions chargées de documenter et d’étayer ces recherches. Le think tank interne de la commission, le BEPA, a ainsi développé de « système ESPAS » quia lancé un appel d’offres pour documenter les travaux entrepris selon trois grands axes : social, économie et relations internationales. RAND Europe, dont Jérémy Ghez fait partie, a remporté l’appel à projet concernant la partie sociale : il exposait le 10 juillet les résultats de leurs travaux aux membres du Cercle.
De leur travail les personnes de RAND Europe ont dégagé quatre axes fondamentaux dont découlent plusieurs pistes de résolutions possibles.
Quatre signaux forts
1 – L’étude met en avant la montée en puissance d’une classe moyenne mondialisée. Caractérisée par un niveau de vie élevé et une adéquation aux « valeurs de l’occident » l’étude l’envisage comme dominante et considère que son accaparation des richesses, notamment énergétiques, est une potentielle source de tensions à l’échelle mondiale :
2 – Car si l’étude met en avant la constitution de cette classe dominante mondialisée, elle met aussi en avant la vulnérabilité accrue de celles qui n’en font pas partie. Cette« génération perdue » se caractérise par un taux de chômage élevé, particulièrement chez les jeunes, et un skills gap de plus en plus important.
3 – Dans ce contexte de tensions autour de l’accès au travail et aux ressources RAND envisage tout de même une évolution des individus vers plus d’investissement et de connectivité. Dans le même temps Ghez reconnait que la fracture numérique mondiale ne va pas dans ce sens et tend à nuancer cette tendance.
4 – Le dernier élément de transformation fondamental est démographique : la population européenne est de plus en plus âgée et cette tendance va continuer à s’intensifier. Conséquence, la portion de la population active va devenir de plus en plus réduite et le coût (santé, vie) du vieillissement de la population sera de plus en plus lourd à porter. Conséquence directe également, la solidarité intergénérationnelle s’inverse et ce sont désormais les plus âgés qui soutiennent et aident les générations plus jeunes (la terminologie jeune étant entendue dans le sens 18-35 ans du fait de l’arrivée de plus en plus tardive sur le marché du travail).
Une crise de gouvernance
Dans ce contexte, la génération perdue concentre l’intérêt des chercheurs : comment constituer un idéal, comment donner envie de construire ensemble, de faire société et d’entreprendre à cette génération quasi-sacrifiée ?
L’un des principaux soucis de cette génération réside dans la défiance envers l’héritage culturel de la vieille Europe : qu’il s’agisse de son organisation politique ou du collectif et de ses modalités, ils sont en défiance. De fait, cette génération, qui constituera le monde de 2030, vote peu, s’abstient beaucoup, et se trouve représentée par la partie la plus âgée de la société ; ce qui ne fait qu’accentuer un clash générationnel. Car si dans les années 2010 l’effondrement des tours du World Trade Center a généré la prise de conscience d’un clash des civilisations, la situation mondiale (le cas de l’Irak le montre par exemple) évolue vers un encore plus instable clash au sein des civilisations. Pour lui, ce clash pourrait même être qualifié de générationnel.
Dans le cadre de son étude, RAND Europe n’a eu aucun contact avec les secteurs sociaux et son étude souffre de ces lacunes. Le secteur de l’économie sociale, pourtant outil potentiel d’évolution positive, reste absent de ce travail. Pour les membres du CEES ce rapport a pour objectif de nourrir la réflexion du secteur privé aussi bien que public et il est urgent de faire en sorte de rétablir le dialogue entre eux.

Source : Petit-déjeuner du Cercle Europe et Economie Sociale (CEES) : http://www.cercle-ecosociale.eu/Activites.html


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Genchi Genbutsu et capital cognitif, pour une intelligence collective en mode Lean

Rodolphe Simonot Coach Lean, conseiller en performance organisationnelle et en transformation managériale, après plusieurs expériences de transformations opérationnelles en Amérique et en Europe, s’est lancé le défi depuis 2010 de partager de manière totalement indépendante ses connaissances sur les problématiques de performance des entreprises et les transformations qu’elles doivent opérer. Il a ainsi lancé un blog désormais reconnu sur le thème du « Lean Management » : Lean Digestion, il nous offre aujourd’hui une formation assez originale pour devenir Lean Manager en 2 mois.
Le pacte à raison d’une fois par semaine et pendant 9 semaines, nous recevons un e-mail de sa part dans le cadre de ce programme qui contient systématiquement :  La description d’une compétence, qualité, façon d’être du « parfait » manager Lean et une mise en situation de cette compétence tirée de faits vécus ainsi suivie d’une discussion de son impact. .

L’engagement : il nous est demandé en retour de cette initiative complètement bénévole et contributive, un petit article sur notre mise en action de la philosophie Lean étudiée.

Mon idée : pour une pleine reconnaissance du rôle des processus cognitifs dans l’analyse des échanges de connaissances, je fais le pari en m’engageant dans cette formation d’élargir encore ce réseau cognitif sous forme de chaîne solidaire d’apprentissage en proposant à la communauté épistémique d’internautes intéressés de suivre mes articles pour chaque leçon de Lean Management appliquée au fait cognitif. L’objectif étant d’étudier et d’appréhender ces nouvelles modalités de coopération comme des moyens pour augmenter la connaissance.

Notre première leçon porte sur  le Aller voir  ou Genchi Genbutsu en japonais, : une des 5 valeurs des principes directeurs du Toyota Way  qui comprend : le Genchi Genbutsu, le Kaizen, le Défi, le Travail d’équipe et le Respect.
Genchi Genbutsu, signifie : chercher les faits à la source afin de prendre les bonnes décisions, d’obtenir le consensus et d’atteindre les objectif. Elle est issue de la philosophie Kaizen qui signifie “la recherche de l’amélioration continue. Tout processus ne pouvant jamais être déclaré parfait, une amélioration est toujours possible”, selon Masaaki Imaï :père fondateur du Kaizen .

Cette première leçon arrive au moment où je gère un projet extrêmement important à l’international avec les équipes dirigeantes des parties prenantes que je n’ai pas encore rencontrées. Toutes nos communications se sont réalisées par mail et par téléphone.
Appliquer le Genchi Genbutsu à cette situation : c’est se poser la question du “Aller voir” et du déplacement sur place, ainsi que la validation des informations qui préside à toute décision.
Comment optimiser à distance la gestion de l’interculturel, disposer des bonnes informations et évaluer les décisions efficaces pour plus de performance. Qu’est ce que le aller voir dans ce cas?

C’est avant tout, me semble-t-il, optimiser sa communication en la déployant sur 4 axes stratégiques: la confiance, la transparence, le partage d’informations et l’écoute des feedbacks.
Une manière d’asseoir des principes de collaborations et de coopérations accélérateurs d’agilité, de rapidité et de flexibilité : une culture de la transparence, du Push Vs Pull.
“ Pour collaborer il faut être capable de partager ce que l’on ne sait pas” disait Bernard Charles PDG de Dassault. Une exigence de transparence et de confiance en somme.

L’acte de communiquer prend du temps, ce n’est pas un transfert d’information mais un processus, qui s’impose de plus en plus dans cette ère post-industrielle où le besoin de se parler et le management de la communication passe par la gestion du temps.

Dans cette expérience terrain que j’ai vécue et que je continue de vivre, j’essaye en permanence de faire preuve d’une grande claire voyance, d’intuition constructive et d’intelligence relationnelle car nous gérons des paramètres qui sont du ressort de l’humain, du contexte, de la culture et de l’éloignement.

Adopter une philosophie Genchi Genbutsu, c’est aussi apprendre à observer la réalité dans sa globalité et sa complexité. Appréhender les signaux faibles comme les signaux forts, les détails, les visions globales,…Chaque niveau d’observation apporte sa valeur ajoutée de faits et de constats que l’on doit prendre en compte pour l’analyse et la résolution du problème. Affuter son écoute et son observation, c’est aussi questionner pour mieux comprendre la réalité du contexte et le fonctionnement des organisations.

Mais le Genchi Genbutsu va encore plus loin, puisqu’il ne s’agit pas seulement d’une analyse terrain, mais d’observer la composante systémique dans le détail pour mieux cerner et comprendre la problématique.

La recherche des causes profondes avec « les 5 pourquoi » par exemple : consiste à remonter l’enchaînement des causes ayant abouti au problème. Pour en trouver la ou les causes profondes. Plutôt qu’une conséquence intermédiaire dans la chaîne du processus.
Le principe du five “whys”, est de distinguer les symptômes, des causes profondes , pour éviter de soigner les symptômes. L’objectif de ce diagnostic en profondeur : est de comprendre le fonctionnement en profondeur de son organisation, et d’augmenter progressivement le niveau de compétence des collaborateurs qui visualisent complètement tous les processus métiers de leur organisation.
D’où l’importance du travail en équipe dans l’analyse, puis dans la recherche de solutions. L’approche Lean insiste sur l’intelligence collective et voit dans le Kaizen l’occasion d’apprendre à réfléchir ensemble.

Dans un monde de plus en plus organisé autour du capital cognitif, adopter un management Lean de la connaissance, c’est déployer en permanence des comportements éthiques de responsabilité, d’humilité et de respect vis à vis de notre écosystème collaboratif.

C’est le cas par excellence du monde des services dans la gestion et le transfert de connaissances, où le Lean Knolwedge Manager va jouer un rôle stratégique dans la qualité des informations et leur capitalisation pour l’optimisation de la prise de décision. Comme le reprend Yves Caseau (Lean Software Factory (2013)), le Lean est une révolution en marche dans le monde des services, parce que cela fonctionne et parce que les besoins du 21°siècle : rapidité, agilité et complexité l’exigent. Parce que partager, écouter et respecter sont aussi les leviers d’une culture propice à l’intelligence collective et collaborative.
Une synergie entre la philosophie Lean et l’intelligence collective, peut s’avérer un outil extrêmement puissant et efficace dans la gestion des situations dites complexes où règnent l’incertitude et l’émergence d’éléments nouveaux propices des mutations permanentes au sein de l’organisation.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./07/2014.Tous droits réservés.



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Du fûdo à la transdisciplinarité, ou la logique du tiers caché

Un magnolia qui fleurit, l’herbe verte couverte d’un champ de pâquerettes, le soleil qui nous caresse et le chant des oiseaux qui nous berce. La nature sait prendre soin de nous avec douceur et délicatesse. Elle réveille nos sens, exacerbe nos envies de créer et aiguise notre envie d’entreprendre. Notre communion avec la nature est une voie vers la paix intérieure et notre harmonie avec l’univers. Le sol que nous foulons, à lui seul, en une seule petite poignée représente toute la symbiose cosmique de notre existence.

Un artiste en a fait une matière à penser et une voie de cheminement philosophique et spirituel. Il s’appelle Kôichi Kurita, il est japonais et a consacré sa vie à la terre, son symbolisme, son essence, son topos. Baigné dans la culture du bouddhisme et du shintô, propice à l’humilité et au dépouillement de l’expression de soi, il produit tous ses gestes en harmonie avec ces deux religions profondément ancrées dans la vie japonaise. De la forme du sable qu’il récolte à son installation, tout est étudié de façon à respecter la tradition et transmettre une sagesse, un enseignement. Il écrit1« En préférant le chiffre 108 au chiffre 100 et le chiffre 49 au chiffre 50, mon œuvre fait ainsi explicitement référence au bouddhisme : les 108 perles du juzu, le chapelet utilisé pour les prières, rappellent les 108 désirs mondains dont nous sommes pétris et, sur la voie de l’Éveil, l’étape 49 est celle de la sagesse-piété qui pénètre toute chose. Quand j’installe des carrés sur le sol, je me base sur une mesure de 3 x 3 pour composer des multiples – 9 x 9, ou 27 x 27 –, mesure qui reprend très clairement la structure même des mandalas. De même, je donne parfois à mes amas de terre une forme conique qui évoque le mont Sumeru2. Et, quand je dispose de la terre sur des feuilles carrées de papier japonais non blanchi, cette démarche se rattache évidemment au style du shintô ». Adoptant une démarche extrêmement épurée et éclairée sur le rôle de l’artiste dans la société, il rappelle que ce dernier doit se doter d’une forte aptitude à renoncer à ses idées préconçues pour arriver à présenter les choses telles qu’elles sont. Il propose ainsi d’appeler art : « ce qui se passe à l’instant où quelque chose vient irriguer, en profondeur, le cœur de celui qui découvre l’œuvre ».

Il insiste aussi sur la limite parfois des arts plastiques tant il est nécessaire pour lui que l’œuvre transpire, et respire la vie et le monde dans toute sa complexité. En racontant son cheminent et sa démarche artistique, Kôichi Kurita, évoque sa forte imprégnation de l’île nipponne où la notion du sol (do) et l’air (fû), en un mot (fûdo): sol et air, résume toute cette saveur de nuances chatoyantes que représente sa culture. Il écrit : « l’art nous permet d’échapper à la banalité du quotidien en explorant des dimensions et des espaces toujours propices à nous réveler et à révéler la complexité du monde. Le terme (fûdo) exprime notre symbiose avec la nature, l’art nous fournit l’occasion d’un tel éveil. ».

Sillonner le monde, observer les mouvements des marées, attendre les soirs de plaine lune pour ramasser des cailloux, se mettre en état de réceptivité cosmique par rapport à l’attraction lunaire, et ramasser des poignées de terre du monde entier : la substance la plus complexe et la plus proche de nous dans sa constitution, tant elle renferme nos mouvements, notre énergie, nos substances organiques et nos résidus civilisationnels. Voilà ce qu’a été jusqu’à présent l’entreprise fabuleuse de Mr Kurita.

Dans ses démarches philosophiques et artistiques, il entame aussi une démarche scientifique quand il observe l’univers, se met en réception cosmique, analyse le contenu de ses prélèvements, les travaille, les commente, les théorise et les classe.

En rencontrant l’artiste, ce dimanche 9 mars et en découvrant son œuvre à travers la bibliothèque de Terre exposée au domaine de Chamarande3, j’ai fait 2 jours plus tard la découverte d’un texte4 qui est venu cristalliser tous mes travaux et tous ces champs d’investigations que j’avais labourés, tournés, retournés et qui se voient rassemblés dans leur complexité grâce au liant de la transdisciplinarité.

La transdisciplinarité, concerne ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les disciplines et au delà des disciplines. Son but est de comprendre le présent à travers l’étude des interactions entre l’objet et le sujet, afin de voir émerger une nouvelle connaissance unificatrice. La transdisciplinarité emprunte une méthodologie axée sur 3 axiomes : l’axiome ontologique, l’axiome logique et l’axiome épistémologique, afin d’aboutir à l’émergence du Tiers Caché : « gardien de notre mystère irréductible, symbole du sacré qui assure la cohérence de l’ensemble des niveaux de réalité par leur interaction perpétuelle ». Comme le présente le physicien B.Nicolescu5, la notion de « Niveaux de réalité », est la notion centrale de la transdisciplinarité. « Les niveaux de réalité sont de véritables cosmos interconnectés ». « le tiers caché dans sa relation avec les niveaux de réalité est fondamental dans la compréhension de Unus Mundus…La réalité est Une , à la fois unique et multiple…La personne humaine, apparaît comme étant l’interface entre le monde et le tiers caché…L’élimination du tiers caché de la connaissance, signifie un être humain unidimensionnel, réduit à ses cellules, neurones, quarks et particules élémentaires»

Kôichi Kurita répète depuis 20 ans « En prenant pour thème « la diversité du monde », je vais continuer,à travers l’art, à transmettre la beauté sans fard et le prix inestimable de la terre qui se trouve là, sous nos pas. ». c’est une prise de conscience de la complexité du monde et de sa diversité. L’artiste y joue son rôle de passeur de sens, de signifiances, de sensations. Un médiateur entre le savoir et la connaissance.

Nous sommes aujourd’hui confronté à la nécessité d’un passage de sens entre le monde de la science qui accroit le savoir et le savoir-faire et celui de la non-rationalité (qui n’est pas l’irrationalité) ouvert à la connaissance de soi exhalée par l’expérience, spirituelle, artistique et poétique.

Démarche holiste et salutaire pour mieux cerner le monde d’aujourd’hui avec toute sa complexité physique au sens de de l’énergie, de l’information, de l’espace-temps et de la substance, ainsi que de sa diversité culturelle. Seule une harmonie avec la nature et un véritable dialogue avec les autres cultures et religions, pourra nous permettre de construire cette nouvelle ère de la Cosmodernité, basée sur un nouveau modèle de civilisation, et motivée par une unification de la connaissance en accord avec le mouvement global de la réalité.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./03/2014.Tous droits réservés

1Dans son mémoire de résidence au domaine de Chamarande en France. Juillet 2013.

2 D’un terme sanscrit signifiant montagne d’une hauteur merveilleuse. Dans la cosmologie bouddhique, ce mont immense, situé juste au centre du monde, est l’axe de révolution du soleil et de la lune.

3 Qui accueille une expoistion inédite de bibliothèque de Terre de l’artiste dans son Orangerie jusqu’au 11 Mai 201

4La Transdisciplinarité, Le manifeste. Basarab Nicolescu. Edition du Rocher. 1996.

5Dans sa conférence « Dialogue et transdisciplinarité » à l’UCP, Juin 2013.


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L’intuition, génératrice d’une méthode ou d’un système de pensée dans l’acte cognitif : le cas des paradigmes orientaux à l’ère de l’information

Dispositions intuitives nourries par la création, au service la connaissance

Gilles Deleuze1, parle de l’intuition de Bergson2, comme d’une méthode plutôt que comme une théorie proprement dite. «L’intuition dont parle Bergson, est avant tout intuition de la durée, et la durée prescrit la méthode».

Par l’intuition, dit Bergson, notre conscience entre en « sympathie » avec ce qu’il y a de plus unique dans les objets et les êtres que nous observons. Elle seule, nous permet d’accéder à la nature profonde des êtres, « c’est l’expression de l’âme toute entière ». « Elle nous révèle une coïncidence parfaite entre le moi et le monde ». La durée: en fouillant notre « temps intérieur », Bergson l’appréhende comme un flux continu mais modulable.

La mémoire et la conscience ne répondraient pas à la même temporalité que les phénomènes naturels, extérieurs, physiques. A ce propos Henri Bergson écrit3: « La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s’abstient d’établir une séparation entre l’état présent et les états antérieurs. »

C’est dans la pratique artistique, que cette notion de flux continu modulable nous paraît la plus évidente. Dans le théâtre ou la musique, ces médiums où la voix et les rythmes sont présents, nos dispositions intuitives sont redensifiées et exhalées en permanence pour nourrir la création et servir la connaissance.

L’abstraction, un exercice de l’intuition dans l’art de percevoir et d’acquérir des connaissances : le cas de la culture japonaise

 L’art n’a plus à reproduire le visible, mais à rendre visible », disait Paul Klee. Ce visible est complexe et l’art permet au moins de soupçonner que cette doublure d’invisible existe et parfois de l’approcher.

Au Japon, la philosophie du Wabi-Sabi4 dans la genèse de l’acte créatif fait l’apologie de l’éphémère, de la fragilité, de la beauté des choses imparfaites et modeste.

Elle suggère une esthétique issue du zen qui unit le wabi (solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, asymétrie, irrégularité…) au sabi (altération par le temps, décrépitude des choses vieillissantes, patine des objets…). Ces valeurs se retrouvent dans la plupart des arts traditionnels japonais : ikebana (Art Floral), cérémonie du thé.

La culture du Wabi Sabi, symbolise d’une certaine manière une façon de

percevoir les choses dans son environnement en privilégiant une approche

directe et intuitive de la vérité transcendante au de là de toute conception

intellectuelle.

Toujours au Japon, la peinture orientale Sumi-e est constituée seulement d’encre noire, c’est la simplification la plus élevée de la couleur en comparaison avec la peinture occidentale qui utilise toute la palette de couleur pour former lumières et ombres. La technique du Sumi-e, représente une forme d’art à part entière, qui est aussi une philosophie. Le Sumi-e est l’expression de la perception de l’artiste qui transmet l’essence ce qu’il représente, dans lequel la suggestion supplante le réalisme.

Cette culture de la perception intuitive et subtile de leur environnement qu’ont fini par adopter les Japonais dans leur vie au quotidien, se traduit par des comportements cognitifs qui vont agir sur leur mode d’acquisition et de structuration des connaissances avec une incidence directe sur les aménagements et l’organisation de leurs espaces de vie. Je cite, André Leroi-Gourhan, ethnologue de renom qui a longtemps étudié la culture et la société japonaises : « Je parle souvent de cette ligne unique propre au Japon, ni droite ni courbe à force de vouloir être à la fois courbe et droite : le flanc du Fuji, la ligne du sabre, le rempart d’un château, la branche du pin, les îles dans la Mer intérieure, le flanc du toit, le bord d’un seau, le bol à thé, la coupe d’un vêtement, le geste d’un danseur, un trait de calligraphie 5». Il écrit aussi dans6 : « Si le bûcheron chinois est chinois ce n’est pas parce qu’il est bûcheron mais parce que son comportement est orienté par une perception des formes et des mouvements qui sont propres à la culture chinoise. Cette perception ne se limite pas à l’art, elle englobe tout l’ensemble du vécu à travers les formes et les rythmes ».

Ces perceptions très riches, doublées d’observations ethnologiques extrêmement fines, nous suggèrent de façon extrêmement pertinente un syllogisme existant entre la perception de la réalité et la construction des connaissances, voire un syllogisme existant entre l’intuition , l’abstraction et l’avènement du processus cognitif.

Intuition « rationnelle » et paradigmes orientaux

 Les méthodologies développées ces dernières décennies dans la modélisation et la construction des savoirs, ont connu un rayonnement important en extrême orient et au Japon7 précisément où l’on assiste depuis une dizaine d’années aux développements de paradigmes dits orientaux8 9dans la création de nouveaux systèmes de pensée avec la conception des «i» systems (systèmes de modélisation basés sur le paradigme des 5 « i » : imagination, intelligence, involvement, integration, intervention) qui trouvent des applications pratiques et opérationnelles dans la résolution de systèmes complexes et de modèles de prise de décision dans la gestion stratégique des organisations.

Ces paradigmes ont été amorcés par les professeurs Nonaka et Takeuchi10 et développé en suite par les équipes du Professeur Yoshiteru Nakamori11 qui travaillent sur les Knowledge Science: “Knowledge science is a problem oriented interdisciplinary field that takes as is subject the modeling of the knowledge creation. Process and its applications”.

Dans sa thèse sur l’intuition rationnelle, A.P. Wierzbicki1213, qui a travaillé au Japon (JAIST)14 avec le Professeur Nakamori, développe le concept du «Ba» ( terme japonais intraduisible pour signifier un espace de création collaborative), qui fait appel aux ressources de notre capital intuitif dans l’appréhension du monde et des connaissances qui le traduisent : «one of the main conclusions of the rational theory of intuition is that the old distinction between subjective and objective, rational and irrational is too coarse to describe the developpement in times of informational civilization. There is a third middle way between emotions and rationality, we have an important layer of intuition». Résumée ainsi: l’une des principales conclusions de la théorie rationnelle de l’intuition, est que la vieille distinction entre le subjectif et l’objectif, le rationnel et l’irrationnel devient un peu trop étriquée pour s’adapter au développement civilisationnel actuel de notre société de l’information.Il existe une troisième voie médiane entre les émotions et la rationalité, c’est la strate importante d’intuition dont nous disposons.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./02/2014.Tous droits réservés

1Gilles Deleuze. Cinema. CD à Voix Haute. Gallimard. 2006

2httpe://www.philopol.ulg.ac.be/telecharger/textes/fc_vie_et_conscience_selon_bergson_web.pdf

3Trois lettres de Henri Bergson à Gilles Deleuze, la revue Critique, nº732, mai 2008.

4Transient Beauty (wabi sabi). Magali Laigne. Techniques & Culture. 57 (2011). Geste et Matière

5André Leroi-Gourhan. Pages oubliées sur le Japon. 2004.

6Encyclopdie-Clartés, 1956.

7Japan Advanced Institute of Science and Technology

10Nonaka and Takeuchi , H. (1995), The Knowledge-Creating Company, O.U.P.

11Yoshiteru nakamori Knowledge Science. Modeling the knowledge Creation Process. Nakamori. Ed. 2011.

12 Intuition and Rationality in MCDM. Andrzej P. Wierzbicki. Ishikawa. 923-1292. JAIST.

13Andrzej P. Wierzbicki, Yoshiteru Nakamori. Multiple Criteria decision support versus knowledge theory. MCDM 2004. CANADA.

14Japan Advanced Institut of technology


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La maïeutique cognitive : une relativité de nuances, de rythmes et de formes linguistiques

Cet article est aussi publié sur Didactique & Cognition, à l’ère des Humanités Digitales : http://dchd.hypotheses.org/

Comment les connaissances s’organisent-elles dans notre esprit, pour construire notre savoir ? Comment la langue et la culture façonnent-elles notre façon de penser ? Quel est l’impact de notre environnement dans la construction de notre système de pensée et la création de nos connaissances ?

Toutes ces questions ont animé pendant des décennies le champ de la communauté scientifique, s’intéressant à notre mode de pensée, notre façon d’apprendre, de transmettre et de générer des connaissances, dans un ou plusieurs contextes culturels.

L’anthropologie cognitive1, est née du besoin de répondre à ces questions que soulèvent les problématiques liées à l’apprentissage, aux rôles de la langue, de la culture et de l’environnement dans les processus d’acquisition des connaissances.

Cet article, est le premier d’une série de publications que je consacre aux résultats de mes travaux de recherche relatifs aux mécanismes sous-jacents à la création des connaissances et aux processus d’apprentissage. Il y est aujourd’hui question d’exploiter quelques études et résultats de l’anthropologie cognitive dans l’appréhension des mécanismes d’apprentissage et de modélisation des savoirs, si tant est qu’il existe des possibilités de modélisation dans ce domaine. L’appréhension du rythme, des nuances et des formes au sein du langage ressortent comme une première clé de lecture pour appréhender la systémique complexe de la formation des connaissances.

I/ Le Cadre cognitif: Relativités linguistiques, relativités culturelles

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde », écrit Wittgenstein en 1918, dans son Tractatus-Logico-Philosophicus2.

Ferdinand de Saussure, nomme le même phénomène « plan de contenu », pour exprimer que les réalités n’ayant pas de correspondance dans un langage, ne sont que très laborieusement exprimables.

Benjamin Lee Whorf3, auteur de la relativité linguistique, s’est intéressé à la nature inconsciente des principes sous-jacents qui font le fonctionnement de la plupart de nos actions : « nous disséquons la nature selon les lignes tracées de notre langue maternelle », selon laquelle la langue n’est pas un simple instrument de description de la réalité, mais elle contribue également à la structurer.

« La langue d’une société humaine donnée organise l’expérience des membres de cette société et par conséquent façonne son monde et sa réalité ».

Dans le registre de la dimension culturelle, Edward T. Hall4, développe le concept de Proxémie, une dimension cognitive de l’espace dont nous ne sommes pas toujours conscients, mais qui va jouer un rôle prépondérant dans notre rapport à l’autre, à l’environnement et à l’appréhension des connaissances.

Dans son livre5 « la dimension cachée », il écrit : «  il n’ y a pas de doute que le langage façonne la pensée par des voies particulièrement subtiles. L’humanité doit s’attaquer à la réalité des autres systèmes culturels et aux effets pénétrants de ces autres systèmes sur la façon dont le monde est perçu, dont l’individualité est expérimentée, et dont la vie elle même est organisée ».

Toute la théorie de la connaissance d’E.T.Hall, va reposer sur les interrelations entre les dits et non dits de la culture, le langage et la cognition dans la construction des espaces, des synchronies interpersonnelles6, de la rythmique culturelle, de la richesse du contexte culturel , et de notre rapport au temps dans les différentes cultures ( monochronie, polychronie)7.

Il développe ainsi tout une théorie sur la connaissance, l’inconscient et l’affect qui seront tantôt formels, tantôt informels, tantôt techniques, pour prouver que la culture qui se définit dans un espace et un temps va jouer un rôle fondamental dans la construction du savoir d’un individu.

II/ Oralité et isomorphisme cognitif

Est-il possible de modéliser les processus mentaux qui vont générer la connaissance et asseoir un certain savoir?

En occident, nous pensons linéaire et non synthétique comme les cultures orientales ou extrême orientales. Ce sont la plupart du temps des postures inconscientes dues aux forts ancrages des courants culturels, «qui structurent notre vie par des voies complexes, dont l’ensemble forme un système organisé qui n’est pas formulé consciemment» E.T.Hall8 .

Les cultures de tradition orale peuvent nous apporter des éclairages supplémentaires à l’appréhension de modèles dits cognitifs. A propos de littérature orale, Jean Dérive9 écrit: «ce qui distingue le concept de la littérature orale de celui de la littérature telle qu’on l’entend dans les sociétés de l’écriture, n’est pas seulement une question de canal. La littérature orale n’est pas l’équivalent parlé de la littérature écrite, mais aussi une relation un peu afférente au langage et à la communication qui a ses implications culturelles propres.»

En somme comme l’écrit l’ethnologue Joël Candau10: «l’oralité n’est pas un défaut d’écriture, mais un mode de communication culturel différent et autonome».

Il y a dans les travaux de recherche sur les cultures de transmission orale, des éléments capitaux à exploiter pour traduire et formaliser ce système complexe de pensées.

L’ethnomathématique11, est aujourd’hui un outil de formalisation qui peut s’avérer extrêmement pertinent pour modéliser le cheminement d’un raisonnement mental.

J’ai eu la chance cette année, dans le cadre de mes travaux de recherche en tant que chercheure à l’EHESS, de participer aux séminaires d’ethnomathématique du Professeur Marc Chemillier, il s’intéresse dans ses travaux de recherche aux savoirs incarnés par les productions artistiques des peuples dont la culture est essentiellement orale. Il s’efforce de décrire et de modéliser les méthodes employées pour accéder aux mécanismes mentaux qui incarnent les savoirs générés à travers des graphismes, les créations artistiques autour des musiques et chants traditionnels.

Dans un autre registre, les travaux de recherches de Sophie Desrosières sur les pratiques textiles dans les Andes, montrent à travers le principe de complémentarité observable, qu’il existe des logiques à l’organisation des hommes et à l’organisation des fils, soit un principe de complémentarité qui structure l’organisation sociale en moitié opposée et une représentation dualiste du monde bien ancrée dans les cultures locales.

« c’est ainsi que l’on peut se demander si, dans les Andes, les savoirs textiles, ont pu jouer un rôle dans la structuration de la pensée ». S. D.

Hypothèse 1 : Pouvons nous alors imaginer un isomorphisme bijectif entre les créations artistiques produites et leurs traductions sous forme de modèles mathématiques, et le processus mental qui a généré ces créations. Ces dernières seraient le résultat de ce qu’aurait acquis l’acquérant sous forme de savoirs, de connexions, d’adaptation et d’accommodation avec son environnement?

III/ L’appréhension du rythme au sein du processus cognitif

Ces créations artistiques de tradition orale, offrent également une complexité notable en termes de rythmes, de symétries, et d’organisations séquentielles qui semblent parfaitement raisonner avec la rythmique des langues et l’organisation des systèmes culturels par ricochet.

Hypothèse 2 : La rythmique des langues, leurs découpages séquentiels suggère une incidence directe dans la construction du savoir. Comment le matérialiser ?

Jean-Paul Goux, dans «La fabrique du continu12 », écrit: «Ce n’est pas le

rythme qu’on peut « toucher », c’est la dynamique qui de lui naît:« Ce n’est pas le

rythme qui est visible dans la forme, c’est tout au contraire le rythme qui rend

la forme visible. Le rythme ne se voit pas, il est l’énergie qui rend la forme

perceptible dans le temps: si on ne voit pas un rythme, on en perçoit l’énergie».

De plus, le rythme ne se limite pas à la prosodie, à un simple décompte

syllabique, mais il est partout dans le discours, et au fondement même de la

«signifiance».

C’est la thèse centrale de Meschonnic13, qui définit le rythme dans le langage

comme l’organisation des marques par lesquelles les signifiants produisent une

sémantique spécifique, distincte du sens lexical, et qu’il appelle la

signifiance.

La maïeutique cognitive : une systémique de nuances, de rythmes et de formes linguistique

Gilles Deleuze dans « Mémoire et Cinéma », nous livre ses analyses indiciaires sur la phénoménologie du cinéma, en nous expliquant que c’est l’abstrait qui explique le concret.

Les arts et la littérature représentent ainsi un terreau d’études extrêmement fertile qui nous permettent plus que d’autres substrats de comprendre les processus d’acquisition des connaissances et la construction de nos savoirs dans la culturalité qui nous imprègne. Pouvons nous , de ce fait, et à juste titre, considérer les créations artistiques comme des formes supérieures d’expressions cognitives universelles exprimées à travers un langage commun que les hommes partageraient au delà du médium de la langue et de la culture ?

Dans l’expérience ethnographique14, Leroi-Gourhan écrit :« Les nuances sont (…) l’élément définitivement significatif et l’esthétique au sens large pourrait bien être l’une des clefs de l’ethnologie. S’il en était ainsi il y aurait véritablement une science à créer, celle des valeurs, des rythmes, des saveurs et des formes dans une systématique adaptée aux besoins de l’expression de l’indéfinissable ethnique. ».

Si nous remplaçons les mots ethnologie et ethnique par connaissance. Nous

obtenons cette nouvelle reformulation inspirée de Leroi-Gourhan: les

nuances sont (…) l’élément définitivement significatif et l’esthétique au

sens large pourrait bien être l’une des clefs de la connaissance. S’il en

était ainsi il y aurait véritablement une science à créer, celle des

valeurs, des rythmes, des saveurs et des formes dans une systématique

adaptée aux besoins de l’expression de l’indéfinissable connaissance.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./01/2014.Tous droits réservés

.

1Anthropologie Cognitive. Penelope Brown. Anthropologie et Sociétésvol. 23, n° 3, 1999, p. 91-119.

2Ludwig . Wittgenstein. Tractatus-Logico-Philosophicus. New York.Harcourt.1922.

3Benjamin Whorf. Linguistique et anthropologie. Denöel-Gonthier. 1969.

4Le langage Silencieux. E.T.Hall. Seuil. « Points Essais »,n°160, 1984.

5La dimension Cachée. E.T.Hall. Essais.Points. Seuil.1971.

6La danse de la vie. E.T.hall. Essais.Points. 1984.

7La danse de la vie. E.T.hall. Essais.Points. 1984.

8Au delà de la Culture. E.T.Hall. Seuil.1979.

9L’art du verbe dans l’oralité africaine. Jean Derive. Oralités/L’Harmattan. 2012.

10 Joël Candau, Anthropologie de la mémoireParis, Armand Colin, Collection Cursus Sociologie, 2005

Cursus Sociologie, 2005

11Les mathématiques naturelles. Marc Chemillier.Odile Jacob. 2007.

12La Fabrique du continu. Jean-Paul Goux. Champ Vallon. 1999.

13Critique du Rythme. Henri Meschonnic. Verdier. 2009.

14André Leroi-Gourhan, dans l’expérience ethnographique (1968).

 


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« La Fabrique » de SynerGétude : Un incubateur d’innovations sociales, Un laboratoire d’anthropologie cognitive

Étymologiquement, l’origine du mot Fabrique vient du latin fabrica (« boutique, atelier, forge »), dérivé de faber (« artisan, ouvrier »). Notre Fabrique se veut l’atelier d’incubation et de création d’œuvres artistiques qui matérialisent les créations et développements de projets Recherche-actions en innovations sociales.

La Fabrique de SynerGétude, est un lieu de Praxis pour les chercheurs, artistes, acteurs et partenaires institutionnels qui interviennent à travers leurs interactions avec l’œuvre en création. Ils apportent leurs contributions à travers leurs imaginaires et leurs propres appropriations du projet.

La fabrique se veut le lieu dépositaire des émotions et des substrats qui les traduisent : couleurs, sons, sculptures, peintures, textes, écritures,…

La Fabrique, Atelier de création et Galerie d’art et d’expressions, expose in fine l’œuvre incrémentée proprement dite qui continuera d’évoluer au grès de ses différents publics et de ses multiples rencontres.

L’empreinte cognitive d’une mémoire sociale : un laboratoire d’anthropologie cognitive

La Fabrique enregistre et informe au temps T sur la vitalité sociale et artistique d’une société. Sous le prisme pédagogique, il s’agit d’apprendre à matérialiser sous forme d’œuvre artistique un projet sur une problématique sociale bien définie, en mobilisant toutes les énergies physiques et intellectuelles qui peuvent être mises à contribution. Le but étant d’arriver à harmoniser nos gestes et nos contributions dans une création collective en partageant des objectifs communs d’innovations sociales, en quête de renouvellements et de mutations dans nos pratiques éducatives, nos méthodes de management et nos modes de gouvernance.

La co-construction de connaissances et la co-création artistique font déplacer le centre de gravité de l’art et de la culture dans la cité. C’est un nouveau barycentre géométrique socio-artistique qui se dévoile à travers une proximité plus importante entre l’art et le citoyen, entre la science et le citoyen, entre l’art et la science, entre nous et l’espace de création, entre nous et la société.

La Fabrique devient aussi par conséquence et naturellement, le lieu de développement d’un réseau de connaissances et de pratiques qui vont s’inscrire dans un processus de créations cognitives transverses. Cette autre œuvre sous forme d’hypomnemata , va à son tour constituer la mémoire entropique et l’empreinte cognitive de la société qui aura contribué à la création de cette œuvre collective. Elle devient de fait un véritable laboratoire d’anthropologie cognitive.

Une atelier itinérant pour une œuvre nomade incrémentale

Enfin, pensée comme un atelier itinérant, « La Fabrique » porte une œuvre nomade sans cesse augmentée. Celle-ci va se développer le long de ses résidences multiples dans des contextes culturels diversifiés. Elle s’enrichit et s’incrémente grâce aux contributions co-créatrices et co-constructives des acteurs, au profit du projet qu’elle détient. C’est une approche conceptuelle extrêmement novatrice, holiste et globale de la co-création sociétale jamais encore expérimentée sous l’angle de la transdisciplinarité, de la multi-culturalité et de la diversité géographique.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT.11/2013.Tous droits réservés


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Maturité Cognitive et Intelligence Collective, pour une Gouvernance Viable des Organisations

Cet article est aussi disponible sur le bulletin de veille de la Revue Créativité Québec N°101 d’Avril 2012.

La mémoire d’une organisation, sa  maturité et une gestion stratégique de ses ressources sont des critères fondamentaux pour une gouvernance viable.

Mais qu’est ce que qu’une gouvernance viable pour une organisation?

Les premières ressources d’une organisation sont son capital humain, lequel en déployant son énergie et ses connaissances va contribuer à alimenter et transformer ces mêmes ressources, qui se doivent d’être formalisées, analysées et capitalisées pour constituer la mémoire de l’organisation.

Mais qu’est ce que la mémoire d’une organisation ?

A l’échelle d’une entreprise, la mémoire d’une organisation, est son premier capital issu de son patrimoine de connaissances cumulées, transformées, exploitées, transmises, enrichies et re-qualifiées.

La mémoire d’une entreprise est aussi intrinsèquement liée à son identité propre, à ses ancrages culturels, et à la philosophie qui émane de son développement et des valeurs qui y sont instillées.

Ces composantes immanentes à l’entreprise vont générer une valeur entropique de l’organisation, résultat d’une énergie en constante transformation et en résonance avec la développement de ses propres ressources ( départs ou accueil de collaborateurs, retours d’expériences, formations, tutorats, synergies et transactions avec l’écosystème partenarial, économique et social…). Cette mémoire va nourrir un processus de transformation dense et complexe qui va générer sa maturité.

Mais Qu’est ce que la maturité d’une entreprise ? 

La maturité d’une entreprise, est sa capacité à déployer et à engager des postures réflexives sur le contenu de son patrimoine de connaissances générées, sa capacité à l’exprimer et à le formaliser, à le transmettre et à le capitaliser. A ce titre, les collaborateurs, les managers et les décideurs doivent être en mesure de décrire les missions qui sont les leurs, de répondre à la réalité de l ‘entreprise par rapport à son identité, sa philosophie, sa culture et pouvoir se projeter en proposant une vision prospective quand à l’avenir de leur entreprise  .

La maturité d’une entreprise, se conçoit et se perçoit aussi comme l’ensemble des activités méta-cognitives conscientes ou inconscientes engagées de façon autonome par ses employés dans des déterminants situationnels, en rapport avec l’exécution performante des tâches à réaliser et des apprentissages permanents induits par la masse de travail exécuté.

 La maîtrise des connaissances, un processus de transformation…

Les managers et les employés d’une entreprise sont confrontés en permanence à la gestion des concepts inhérents à leur environnement, à leurs constructions, leurs représentations, à leurs réalisations et à leurs contrôles.

Un apprentissage qui passe par une maîtrise des formalismes et des concepts d’une organisation est un gage inaliénable d’efficience permanente, de compétence et de compétitivité.

En dédiant des équipes par processus métier à l’analyse et à la qualification des concepts générés et gérés  par l’entreprise, nous pouvons développer des « Moteurs de création de connaissances ». Avec la création de corpus spécialisé et interdisciplinaire, c’est un véritable thésaurus de connaissance qui est mis à disposition des salariés pour répondre à des problématiques complexes sollicitant des recours à des formalismes précis et complexes.

Ce travail en amont et en parallèle, va s’avérer stratégique dans la compréhension et la fluidité des discours et des supports qui vont accompagner le déploiement de tout type d’opérations nécessitant une connaissance globale et maîtrisée des ressources de l’entreprise.

L’efficacité ne sera plus vécue comme le déploiement d’un management lourd et contraint au détriment des ressources engagées, mais comme une philosophie d’actions pertinentes engagées collectivement en cohérence et en cohésion avec les déterminants conceptuels existants, qui préfigurent de la naissance d’une organisation apprenante.

….pour l’émergence d’une organisation apprenante

C’est en terme de synergie que doit être imaginé, le développement d’une organisation apprenante et capitalisante.

La pro-activité de chaque composante d’une organisation, consciente de ses ressources cognitives et opérationnelles, va induire des postures responsabilisantes et responsabilisées qui auront pour conséquence de faciliter la mise en place et le développement des structures permettant l’émergence et l’édification d’une organisation apprenante.

Pour accompagner les entreprises dans cette démarche de transformation et d’édification progressive, j’ai conçu un modèle générique basé sur un processus itératif et incrémental, qui génère une empreinte propre à chaque organisation, que j’ai nommé ECOV® (Ethos Constitutionnel d’une Organisation Viable), et qui représente le gisement cognitif et culturel qui est produit par une organisation sous formes de connaissances et des valeurs philosophiques qui la caractérisent.

Un modèle Générique…

Autour d’éléments centraux que vont constituer les collaborateurs et leurs connaissances, viennent se superposer et s’incrémenter par strates successives les phases de conscientisation et d’expression des connaissances, de formation et d’information, de co-création et de co-construction des idées, de co-production tangible et transcription écrite des connaissances.

1.      Sensibilisation et Conscientisation sur les ressources cognitives: Les acteurs et décideurs doivent être sensibilisés à leur capital premier : leurs propres ressources : leurs connaissances (formelles, tacites, implicites), leur savoir-faire et leur savoir-être, et leur faire prendre conscience du capital stratégique dont ils disposent.

2.      Expression et transmission des connaissances : Donner aux porteurs de connaissances les moyens qui leur permettent d’exprimer leurs connaissances,  de les expliciter et de les transmettre à leurs collaborateurs et leurs cercles de management en toute fluidité. Cela passe par des ateliers catalyseurs de connaissances, à travers des problématiques existantes ou imaginées, des mises en situations pratiques ( simulations, war rooms) qui auront pour objectifs de formaliser et de transcrire des connaissances acquises et d’en révéler d’autres qui sont  ignorées.

3.      La formation et l’information Savoir et pouvoir accompagner les porteurs de connaissances, en les formant à la culture de l’innovation, et en les initiant aux  réflexes et aux règles de conduites en matière de transferts et de capitalisations des connaissances.

Des valeurs qui incitent à la créativité et à la requalification des méthodes de management, dans le traitement  de l’efficacité, la réactivité, la pro-activité, et la prise de décision.

4.      Co-construction et Co-création Développer et déployer des méthodes de travail collaboratif, sous forme de plate-formes collaboratives, de communautés de pratique et de partage des connaissances.

5.       Une mémoire écrite : Instaurer une culture et une tradition de transmission écrite des connaissances. Une sorte de livre blanc ouvert qui retrace la mémoire de l’entreprise de façon chronologique et faisant référence aux grandes mutations qu’a subies l’organisation depuis sa création. Qui retrace l’empreinte et les idées des anciens et des acteurs actuels de l’entreprise, leurs visions du monde, leur stratégies de management et leur appréhension du futur de l’organisation.

6.       Grundsatzfragen (ou Questions fondamentales) :doivent faire l’objet d’une véritable réflexion pour la pratique et l’art de poser des questions efficaces( qui existe déjà dans les entreprise allemandes) et que je qualifierai  d’étapes stratégiques en matière de maturation d’idées et d’innovation (que l’on peut imaginer au sein de la R&D, et/ou faisant partie de chaque département métier). Véritable catalyseur d’énergies et incubateur d’idées,  cela va contribuer à faire émerger une grande part de la mémoire de l’organisation en résonance avec son écosystème partenarial, économique et social. L’interactivité permanente avec les tous les acteurs de l’entreprise, va aider à la création d’un climat et d’une ambiance propice à la transparence et à aux partages d’informations entre tous protagonistes.

7.      Une entreprise 2.0 La vision pyramidale du management, devrait céder la place à une horizontalité plus en phase avec une société qui se web2zéroise, de plus en plus autonome et connectées à des réseaux d’experts, à des forums spécialisées, et qui est à même de prendre des initiatives en terme de recherche d’informations, d’auto-formations, d’auto-évaluations et de postures entrepreunariales par rapport à des marchés qui sont en version béta permanente. Des approches ontologiques plus en phase avec la folksonomie, et des interactions entre les départements et les processus plus désiloisés, pour une véritable mutualisation des connaissances.

…pour une gouvernance viable

Un ECOV®, va nourrir et constituer son capital de viabilité reposant sur les concepts de résilience et de résistance aux chocs, de flexibilité et d’adaptation aux changements avec une capacité de renouvellement de ses ressources dans une continuité économique de croissance.

La maturité d’une entreprise, est in fine l’empreinte cognitive et culturelle, qu’elle produit sous formes de connaissances et de valeurs philosophiques et éthiques qui la caractérisent.

Par processus itératif et incrémental, une organisation devient ce qu’elle est et continue à se développer grâce à l’émergence d’un ETHOS de connaissances, de conscience et de confiance : réceptacle permanent d’un processus de maturation cognitive et d’intelligence collective.

A l’heure où dans un grand nombre de pays, toute une génération des baby-boomers, est sur les bancs des départs. Une génération nouvelle se met aux manettes avec des réflexes et des codes qui méritent qu’on s’y attarde et qui nécessitent surtout la mise en place d’un véritable protocole de management inter et trans-générationnel, qui aura pour vocation de capitaliser les savoirs des anciens et de les relayer tout en appréhendant les nouvelles énergies arrivantes, en développant de véritables courroies de transmissions capitalisantes.

Valoriser les compétences des uns et des autres, c’est aussi inscrire l’entreprise dans un sillage d’innovation permanente qui va se nourrir de son ETHOS Constitutionnel et créer les conditions favorables pour la pratique d’une gouvernance viable.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT.04/2012.Tous droits réservés.


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Motif et projectibilité d’une oeuvre d’art : quand la musique est un marqueur émotionnel fort, vecteur de transmission et valeur de connaissance

Un concert des professeurs de cordes pincées du conservatoire de mes enfants, m’a absolument bouleversé, cette semaine. Nous avions eu le privilège d’assister à une expérience innovante mêlant des morceaux de musique baroque interprétés au clavecin et à la guitare,  relevés par des jeux  de Charango  et de percussions au rythme de musiques d’Amérique latine.

Nous avons été totalement transportés, par ces vibrations mêlant sensualité, fraîcheur et surtout donnant un élan de vitalité qui nous fait pousser des ailes. J’ai cependant pleuré lors de l’interprétation de la « Peregrinacion » d’Ariel Ramirez, qui m’a profondément marquée et fait vibrer au plus profond de mon âme. J’ai voulu en savoir plus sur cette musique, dont les airs m’étaient familiers.

Il ressort qu’elle fait partie d’une série de morceaux, de La Misa Criolla (la Messe Créole), l’œuvre Majeur du grand compositeur argentin Ariel Ramirez, créée en 1963, et dont la motivation première était de créer une œuvre profonde d’inspiration religieuse, un hymne à la vie qui pourrait toucher chaque individu quelles que soient ses croyances, sa race, sa couleur de peau ou son origine. Une oeuvre qu’il voulait « être » une référence à l’être humain, à sa dignité, à la liberté et au respect de l’homme en tant que créature de Dieu.

En proposant au grand poète Felix Luna d’en écrire les paroles, elle atteint un degré de pureté et de profondeur dont les marqueurs émotionnels vont briser toutes les frontières pour en faire une œuvre planétaire où la magie continue toujours d’opérer.

Des œuvres musicales d’intensité aussi expressive qui transcendent le sacré dans ce qu’il a de plus beau et de vrai, nous rappelle le génie de Jean Sebastien Bach, dont l’œuvre ne cesse de nous fasciner par sa splendeur, sa puissance émotionnelle et son incroyable modernité pour son temps.  « Une œuvre d’art communique à ceux qui la comprennent ce qu’elle porte en elle. Et rien ne sait exprimer les mystères indicibles de l’âme et du cosmos aussi bien que la musique. » écrit le compositeur et musicien Jean-Christian Michel.

Ce rapport de la musique au langage qui la transcende pour traduire l’ineffable, nous renvoie immanquablement vers l’œuvre majeure de Wittgenstein [1],[2] qui dote cet ineffable là d’une capacité auto-expressive exemplaire dans le cas de la musique. Il confère à « l’Idée musicale » même une  fonction structurale, synonyme de forme créant une architecture de symboles doués de sens. A. Soulez[3].

La dimension de la forme est amplifiée par l’importance donnée  au contenu sentimental, (das Affekt), dont la « suavité » ressort sur la totalité de l’œuvre composée.

S’il est vrai que l’œuvre d’art permet d’accéder à l’indicible par  une forme d’expressionnisme esthétique lié à la possibilité de décrire des réactions subjectives  liées profondément à l’affect. C’est aussi une forme d’expression et un langage émotionnellement très fort porteur de « sens » universels, qui permet de réaliser une symbiose synergique des éléments coexistants dans un environnement.

Mais c’est aussi probablement par un effet de chiralité, la projection d’un ou plusieurs « Umwelten » (pluriel de Umwelt : monde environnant ou monde propre » au sens du pionnier de l’éthologie Jacob von Uexküll[4], qui développe ce concept, qui unifie l’ensemble des processus sémiotiques créateurs de sens d’un organisme. Pour un organisme humain, le « Umwelt », dépend directement des ses capacités perceptives, de ce qui pour lui, fait sens dans l’environnement, pour asseoir son adaptabilité. Il représente ainsi, la somme de ses expériences issues de ses parties fonctionnelles (nos cinq sens) lui permettant d’appréhender le monde.

Dans un lieu comme l’école où l’environnement est en forte corrélation avec la construction de son « Umwelt », n’avons nous pas ici quelques pistes de réflexions pour repenser l’école et les institutions du savoir en y déployant de nouvelles synergies pour des projets d’apprentissages dignes des intelligences  collectives coexistantes,  dans la construction des savoirs et l’émergence de connaissances portées par des marqueurs émotionnels forts, comme la musique, les sons, les lumières, les couleurs et le cinéma, qui vont avoir un impact indélébile sur la mémoire dans le processus cognitif d’apprentissage.

L’école est vide d’enchantements, l’émerveillement et la création doivent y occuper un rôle central en mutualisant les énergies, pour favoriser l’émulation et l’envie d’apprendre avec tout le plaisir que cela procure.

Les œuvres d’art, la musique, les sons, les lumières, nous permettent de fluidifier l’espace de communication, et nous interpellent en permanence sur des points d’orgue qui nécessitent une pause, des analyses, des confrontations d’idées et des expérimentations avant d’asseoir un savoir qui aura été produit collectivement.

En lisant un article sur la muséographie[5], j’ai été interpellée par le rôle majeur que joue cette discipline dans la valorisation des créations artistiques et scientifiques et les oeuvres du patrimoines qui conservent cette mémoire collective.

La muséographie pourrait servir d’outil de mise en forme du projet pédagogique dans les écoles, par l’équipe pédagogique et un consortium d’intervenants extérieurs. Comme les artistes, les scientifiques et les philosophes, en travaillant sur les fondements symboliques, et patrimoniaux de l’école à travers son histoire, son architecture,…et les productions immatérielles que ces établissements produisent sous forme de projets, d’ idées, de vocations, d’ambitions. Nous devons prendre le temps d’exploiter tous ces gisements de connaissances pour les capitaliser et en créer une véritable œuvre à transmettre aux futurs arrivants en y marquant nos propres empreintes,  qu’ils continueront à leur tour de façonner et à développer selon leurs sensibilités et leurs propres marqueurs émotionnels, qui évolueront en fonction de leurs envies de créer en musique, en art plastique, en littérature, en cinéma ou sous forme théâtrale.

Dans Languages of Art (1968), Nelson Goodman[6] développe la thèse selon laquelle il n’y a pas d’art sans un principe de projectibilité mais aussi que, en vertu de ce principe, une oeuvre d’art est une « version-monde».  Si, comme l’écrit Nelson Goodman « En modélisant l’idée musicale, l’œuvre musicale la projette en annonçant un motif », Ariel Ramirez  le pressentait intuitivement dans son œuvre « la peregrinacion » en la définissant comme une estampe musicale. Elle portait en effet en elle intrinsèquement l’idée du motif universel et de sa projectibilité dans l’espace et dans le temps.

Copyright © Férial BENACHOUR-HAIT. 08/12/2011. Tous droits réservés.

 


[1] Le plus cultivé musicalement de tous les grands philosophes après El farabi (appelé par Averroès le second instituteur de l’intelligence après Aristote).

[2] Scruton Roger , « Wittgenstein et la compréhension musicale » , Rue Descartes, 2003/1 n° 39, p. 69-80. DOI : 10.3917/rdes.039.0069

[3] Antonia Soulez Circuit : musiques contemporaines, vol. 17, n° 1, 2007, p. 27-47.

[4] Jakob von Uexküll, Mondes animaux et monde humain, suivi de La théorie de la signification, trad. Philippe Muller, Paris, Pocket, 2004.

[5] L’épaisseur du temps, Publications scientifiques du Museum d’histoire Naturelle. Collection Archive.Paris. 2011.

[6] Nelson Goodman, Langages de l’art, Hachette littératures, Collection Arts Pluriel, éditions Jacqueline Chambon, Nîmes, 1990.


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Epanouissement social : De l’étude systémique à une éthique de reliance

La richesse des nations, n’est plus basée sur leurs ressources naturelles, mais sur le niveau de connaissances accumulées par la population. Le véritable leadership mondial, est un leadership dans la maîtrise des compétences-clés.

Mais en même temps que les sources de savoir se multiplient dans le monde, les connaissances  acquises se périment rapidement tandis qu’il faut en acquérir de nouvelles. Avec l’avènement du numérique, nous vivons une révolution anthropologique majeure qui multiplie les gisements de savoirs et facilite l’accès à  toutes les formes de connaissances que l’humanité produit. Une nouvelle génération, qualifiée de digitale, est née. Elle a la maîtrise  instrumentale de tous les gadgets numériques. Elle ne connaît que cela.

L’école ne peut continuer à ignorer ces mutations profondes que traversent nos sociétés. L’école doit se repenser. Nous devons revoir nos méthodes d’enseignement, comprendre les subtilités cognitives que recèle cette maîtrise instrumentale des outils multi-médias. Apprendre un peu plus des neurosciences et des sciences cognitives pour adapter notre discours et notre démarche pédagogique à ce nouveau public d’élèves qui nous apprend chaque jour, un peu plus sur nous même et qui nous trace peut être déjà la voie de notre propre révolution.

Il faut réinventer les outils et supports pédagogiques qui mettent en avant à la fois la culture artistique, les capacités d’expression et de communication, la connaissance du monde avec les réalités de l’emploi et des parcours professionnels. En plaçant l’élève au cœur de l’activité  éducative, son rôle redevient central en tant qu’acteur de sa propre production de valeur (connaissances). L’enseignant, qui devra jouir d’une grande culture générale, au fait des mutations et des transformations sociétales, n’aura plus un rôle central, mais un rôle essentiellement instrumental dans l’acquisition des connaissances [1], afin de  libérer toutes les énergies créatrices des élèves pour les accompagner dans leur propre construction du savoir au cours de leurs curriculums.

A une autre échelle, cette mutation profonde que vit notre société se manifeste encore plus brutalement dans le monde du travail où la plupart des professions se redéfinissent, et où les compétences se complexifient pour répondre aux  nouveaux besoins exprimés par les clientèles et les avancées technologiques. Des tensions visibles sur des profils et des compétences en déficit, obligent les acteurs de la fonction à se former dans un marché du travail en mutation.  A côté de cela, les discours de  rentabilité et de productivité ont atteint leurs limites en management et en capacités d’innovations.

Pour inventer l’avenir de leur entreprise, les décideurs et dirigeants d’aujourd’hui ont besoin de comprendre pour agir, d’élargir leur horizon de pensée, de prendre de la hauteur par rapport à la complexité du monde  qui se globalise, la transformation profonde qui s’opère dans nos entreprises, avec l’avènement d’outils agiles de communication, de plate-formes collaboratives de partage de connaissances. C’est toute l’organisation et le partenariat écologique de l’entreprise qui est appelé à transmuer pour révéler un nouvel art de manager et de produire de la valeur.

C’est l’entreprise 2.0, qui porte aujourd’hui cette  métamorphose structurelle et organique dans l’espace de travail, qui devient plus poreux et plus ouvert, avec une véritable désiloisation des connaissances en quête d’un knowledge management qui recentre les besoins de l’entreprise autour de son capital humain et ses ressources cognitives, i.e autour de praxis qui vont mobiliser et cultiver de grandes fonctions cérébrales comme l’attention, l’écoute active et l’imagination, véritables moteurs pour la créativité et l’innovation.

Cette vision systémique ne pourrait être exhaustive sans le maillon intermédiaire de la chaîne de valeur entre l’école et l’entreprise.  L’université et l’enseignement supérieur qui ne peuvent se soustraire à ce vent de changement. Ces institutions doivent à leur tour se repenser, et leur renouvellement passe immanquablement par l’innovation pédagogique. Parce que les demandes du marché du travail changent. Parce nombre des métiers de demain ne sont pas encore crées, parce que nos connaissances et le travail professoral change et parce que les élèves et les étudiants changent.

Cela va nécessiter de l’énergie, de l’engagement et une prise de conscience de la complexité du monde[2] qui s’offre à nous désormais dans ses gouvernances, ses organisations, ses sciences, ses systèmes de pensées,… Nous aurons besoin de citoyens essentiellement humains, sensibles, créatifs, innovants, pro-actifs et  porteurs de projets avec une maîtrise du sens de la globalité et de la complexité en tant que paramètres endogènes et exogènes à notre épanouissement social.

      Copyright © Férial BENACHOUR-HAIT. 10/11/2011. Tous droits réservés.


[1] Maurice Boivin : les nouveaux paradigmes pédagogiques

[2] La Méthode. Edgar Morin.


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Le sens de la connaissance au coeur de SynerGétude

La cartographie de nos recherches est large et complexe. Elle a pour motivations premières la maîtrise du concept de connaissance et des mécanismes d’apprentissages sous-jacents  qui sont à l’origine de la création de la connaissance. Qu’elle soit formelle ou implicite, tacite ou explicite au sens de Nonaka et takeuchi, il s’agit pour nous aujourd’hui d’essayer de comprendre et de décrire les modèles qui se cachent derrières notre rapport au savoir, à l’expérience, à la création, à la maturation des projets professionnels et à la transmission des savoirs et du patrimoine de connaissances que nous développons tout au long de notre vie.

Essayer de capitaliser des connaissances aujourd’hui, en appréhendant  les mécanismes d’apprentissage, c’est avant tout prendre conscience de la réalité complexe et transdisciplinaire du problème et de sa contextualisation le plus souvent dans des organisations complexes, où nous sommes appelés à décrire la complexité des interactions  des entités inhérentes à des disciplines interdépendantes pour la compréhension des systèmes complexes .

En génie cognitif, simplement et au delà des interactions naturelles que nous pouvons imaginer  entre la pédagogie, la psychologie et les sciences cognitives. Et dans un contexte, où notre regard sur le monde se forge au rythme  notre consommation des TIC, « Notre sensorialité – fruit de notre organisation cérébrale – est confrontée sans cesse à de nouveaux types de « couplage » à l’environnement, dans un contexte auditif et visuel en constante (r)évolution. » Francisco Varella.

Dans les arts numériques encore, quand le sujet est source et canal de création, nous déclenchons des dialogues entre des « technodata » et des « biodata ». Comme le décrit Diana Domingues dans « Interfaces et vie dans le Cyberart ». Elle relève à ce titre l’importance de la dimension comportementale de l’art interactif, dans laquelle un corps est enclin à ressentir quelque chose qui amplifie sa dimension du monde.

Notre démarche méthodologique applique les principes de modélisation des systèmes complexes, qui imposent de façon systématique des allers et retours croisés entre une analyse focale et une analyse globale, sous tendue par des projets de type « recherche-action ».

Nos recherches se concentrent autour de plusieurs mots clés qui sont :

Enaction, cognition, cognitique, pensée complexe, pédagogie différenciée, pédagogie active, knowledge management, prospective, innovation, création, capitalisation des connaissances, transmission des savoirs, école, entreprises, sémiotique, neurosciences, linguistique, entreprise 2.0, plates-formes collaboratives de bonnes pratiques, intelligences collectives, IHM, intelligence artificielle, intelligence sensible.

L’enjeu scientifique étant d’arriver à décrire et à appréhender  la complexité des mécanismes d’apprentissages dans l’acquisition des connaissances en un premier temps avant la capitalisation et la transmission en un second temps.

Les enjeux applicatifs sont énormes dans tous les domaines qui vont toucher à la formation, à l’apprentissage, à la recherche et au management des connaissances. Les entreprises, premières concernées par les problématiques de départ à la retraite des séniors experts, pourront acquérir des outils et des protocoles leur permettant de mieux cerner leur capital connaissances et de le gérer de façon constructive et optimale. Dans les écoles, les universités et les lieux de formations, la formation des formateurs pourra gagner en qualité et en efficacité grâce aux méthodes et aux modèles qui pourront être enseignés et expliqués.

Copyright © 2011 (Auteure:Férial BENACHOUR-HAIT). Tous droits réservés. 11/09/2011.