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Ingénierie du Web et Big Data : de l’informatique cognitive à l’informatique quantique

Web Sémantique, Informatique Cognitive et Big Data : trois terminologies, trois concepts au cœur de l’économie digitale, des traitements de données complexes, et à l’aune d’une ingénierie des connaissances qui va de plus en plus se greffer au Web et aux systèmes de données complexes générées par les manipulations exponentielles que nous opérons en permanence à travers nos interactions directes ou indirectes au contact de données digitales qui concernent aussi bien la sphère professionnelle que la sphère privée. Des mutations nouvelles s’opèrent sur la publication des contenus, la manipulation du sens et des mise à disposition des savoirs, de recueil et de traitement ubiquitaire des données, aujourd’hui incarné par le Web et instrumenté par deux branches en pleine expansion de l’ingénierie :
(1) l’Ingénierie des Connaissances (IC), héritière des travaux en Intelligence Artificielle (IA) sur la formalisation des connaissances et du langage.

(2) l’Ingénierie du Web, qualifiée d’« ingénierie philosophique » par Tim Berners-Lee, et qui par l’expansion du Web et des Web Technologies s’est accompagnée très tôt (dès 1994) d’un développement parallèle de systèmes capables de traiter données et contenus symboliques à partir de leur sémantique afin d’automatiser la gestion du sens : c’est le propos du Web Sémantique.

Pour mieux appréhender ces formalismes, le n°61 de la Revue Intellectica a été entièrement consacré à la philosophie du Web et à l’Ingénierie des Connaissances.
L’Ingénierie des Connaissances y est présentée comme le prolongement de certains programmes de recherche de l’IA, dont celui qui vise à formaliser l’activité de raisonnement et à fournir une caractérisation formelle des contenus des connaissances, afin de permettre leur traitement automatisé.
Il en ressort aussi une très forte porosité entre l’ingénierie du Web et l’ingénierie des connaissances au regard des paradigmes et courants de sciences cognitives qui vont aider au travail de modélisation des connaissances à mener en vue de concevoir leurs dispositifs, et leurs propres productions qui vont permettre d’alimenter des discussions épistémologiques en sciences cognitives, en particulier en ce qui concerne le caractère distribué et externalisé de la cognition ou le rôle qu’y remplissent les représentations.
Pour reprendre l’analyse d’Alexandre Monnin :« Le Web acte non seulement l’externalisation généralisée des savoirs et des données mais il fournit également le cadre où s’exercent désormais majoritairement les activités de l’Ingénierie des Connaissances. Il constitue à ce titre une étape supplémentaire vers l’augmentation cognitive, témoignant par extension de la dépendance accrue de la pensée vis-à-vis des réalités de la technique ».
Au travers de ces techniques d’ingénieries au sein du Web, vont se profiler et se développer des systèmes d’informatique cognitive ou Cognitive Computing Systems (où IBM se positionne en tant que Leader en matière de R&D) aux confluents de la Conscience Artificielle, du Machine Learning et de la Business Intelligence en tant qu’outils stratégiques d’aide à la décision dans le traitement des Big Data, désignant aujourd’hui des ensembles massifs de données multi-variées et accumulées à très grande vitesse sur des individus et par des organisations, via le Web, les réseaux sociaux, et maintenant avec de plus en plus de capteurs constituant déjà ce que l’on appelle l’Internet des Objets.
La croissance du Big Data est accélérée par la digitalisation grandissante de l’information et le flux informationnel qu’elle génère, augmentant, aussi bien en volume qu’en vitesse, les variétés et les incertitudes des données traitées.
La plupart des données produites aujourd’hui se présentent sous des formes non structurées telles que la vidéo, les images, les symboles et le langage naturel. Un nouveau modèle de calcul est donc nécessaire pour que les entreprises puissent les traiter, leur donner un sens, afin d’améliorer et étendre l’expertise de l’homme. Et plutôt que d’être programmés à anticiper chaque réponse possible ou mesures nécessaires pour remplir une fonction ou un ensemble de tâches, les systèmes informatiques cognitifs sont aujourd’hui apprenants (ils se « forment » et s’entrainent) en utilisant l’intelligence artificielle et les algorithmes du Machine Learning pour détecter, prédire, déduire et parfois penser, dans la perspective d’atteindre un jour une véritable Conscience Artificielle.
Au regard de ce qui se prépare aujourd’hui et de ce qui se joue de façon décisive dans la révolution numérique, c’est tout un système dédié à la manipulation des savoirs qui est mis en marche, et qui va aller en bouleversant toutes nos habitudes de traitement et d’analyse des données et des connaissances qui en résultent.
Les questions de sémantique et d’ontologie dans le traitement des connaissances multiples et complexes, auront un rôle majeur à jouer pour l’appréhension des différents langages humains et leurs subtilités.
La part relative de l’informatique cognitive, devenant une évidence face à la prochaine révolution qui est déjà en marche : celle de l’informatique quantique.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./03/2015.Tous droits réservés.

 


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Les défis sociétaux de l’Europe : une analyse des tendances sociétales mondiales à l’horizon 2030 et leurs impacts sur l’UE

Le Cercle Europe et Economie Sociale (CEES) s’est réuni en juillet 2014 autour de Jérémy Ghez, professeur affilié d’Economie et de Géopolitique à HEC Paris et chercheur à RAND Europe pour débattre de l’étude « Les défis sociétaux de l’Europe : une analyse des tendances sociétales mondiales à l’horizon 2030 et leurs impacts sur l’UE » réalisée par RAND Europe à la demande du BEPA de la Commission européenne.
La commission Européenne, dans son travail d’anticipation et de prospective, cherche à évaluer l’Europe qui pourrait se dessiner à l’horizon 2030. Dans cette optique elle s’est dotée de commissions chargées de documenter et d’étayer ces recherches. Le think tank interne de la commission, le BEPA, a ainsi développé de « système ESPAS » quia lancé un appel d’offres pour documenter les travaux entrepris selon trois grands axes : social, économie et relations internationales. RAND Europe, dont Jérémy Ghez fait partie, a remporté l’appel à projet concernant la partie sociale : il exposait le 10 juillet les résultats de leurs travaux aux membres du Cercle.
De leur travail les personnes de RAND Europe ont dégagé quatre axes fondamentaux dont découlent plusieurs pistes de résolutions possibles.
Quatre signaux forts
1 – L’étude met en avant la montée en puissance d’une classe moyenne mondialisée. Caractérisée par un niveau de vie élevé et une adéquation aux « valeurs de l’occident » l’étude l’envisage comme dominante et considère que son accaparation des richesses, notamment énergétiques, est une potentielle source de tensions à l’échelle mondiale :
2 – Car si l’étude met en avant la constitution de cette classe dominante mondialisée, elle met aussi en avant la vulnérabilité accrue de celles qui n’en font pas partie. Cette« génération perdue » se caractérise par un taux de chômage élevé, particulièrement chez les jeunes, et un skills gap de plus en plus important.
3 – Dans ce contexte de tensions autour de l’accès au travail et aux ressources RAND envisage tout de même une évolution des individus vers plus d’investissement et de connectivité. Dans le même temps Ghez reconnait que la fracture numérique mondiale ne va pas dans ce sens et tend à nuancer cette tendance.
4 – Le dernier élément de transformation fondamental est démographique : la population européenne est de plus en plus âgée et cette tendance va continuer à s’intensifier. Conséquence, la portion de la population active va devenir de plus en plus réduite et le coût (santé, vie) du vieillissement de la population sera de plus en plus lourd à porter. Conséquence directe également, la solidarité intergénérationnelle s’inverse et ce sont désormais les plus âgés qui soutiennent et aident les générations plus jeunes (la terminologie jeune étant entendue dans le sens 18-35 ans du fait de l’arrivée de plus en plus tardive sur le marché du travail).
Une crise de gouvernance
Dans ce contexte, la génération perdue concentre l’intérêt des chercheurs : comment constituer un idéal, comment donner envie de construire ensemble, de faire société et d’entreprendre à cette génération quasi-sacrifiée ?
L’un des principaux soucis de cette génération réside dans la défiance envers l’héritage culturel de la vieille Europe : qu’il s’agisse de son organisation politique ou du collectif et de ses modalités, ils sont en défiance. De fait, cette génération, qui constituera le monde de 2030, vote peu, s’abstient beaucoup, et se trouve représentée par la partie la plus âgée de la société ; ce qui ne fait qu’accentuer un clash générationnel. Car si dans les années 2010 l’effondrement des tours du World Trade Center a généré la prise de conscience d’un clash des civilisations, la situation mondiale (le cas de l’Irak le montre par exemple) évolue vers un encore plus instable clash au sein des civilisations. Pour lui, ce clash pourrait même être qualifié de générationnel.
Dans le cadre de son étude, RAND Europe n’a eu aucun contact avec les secteurs sociaux et son étude souffre de ces lacunes. Le secteur de l’économie sociale, pourtant outil potentiel d’évolution positive, reste absent de ce travail. Pour les membres du CEES ce rapport a pour objectif de nourrir la réflexion du secteur privé aussi bien que public et il est urgent de faire en sorte de rétablir le dialogue entre eux.

Source : Petit-déjeuner du Cercle Europe et Economie Sociale (CEES) : http://www.cercle-ecosociale.eu/Activites.html


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Genchi Genbutsu et capital cognitif, pour une intelligence collective en mode Lean

Rodolphe Simonot Coach Lean, conseiller en performance organisationnelle et en transformation managériale, après plusieurs expériences de transformations opérationnelles en Amérique et en Europe, s’est lancé le défi depuis 2010 de partager de manière totalement indépendante ses connaissances sur les problématiques de performance des entreprises et les transformations qu’elles doivent opérer. Il a ainsi lancé un blog désormais reconnu sur le thème du « Lean Management » : Lean Digestion, il nous offre aujourd’hui une formation assez originale pour devenir Lean Manager en 2 mois.
Le pacte à raison d’une fois par semaine et pendant 9 semaines, nous recevons un e-mail de sa part dans le cadre de ce programme qui contient systématiquement :  La description d’une compétence, qualité, façon d’être du « parfait » manager Lean et une mise en situation de cette compétence tirée de faits vécus ainsi suivie d’une discussion de son impact. .

L’engagement : il nous est demandé en retour de cette initiative complètement bénévole et contributive, un petit article sur notre mise en action de la philosophie Lean étudiée.

Mon idée : pour une pleine reconnaissance du rôle des processus cognitifs dans l’analyse des échanges de connaissances, je fais le pari en m’engageant dans cette formation d’élargir encore ce réseau cognitif sous forme de chaîne solidaire d’apprentissage en proposant à la communauté épistémique d’internautes intéressés de suivre mes articles pour chaque leçon de Lean Management appliquée au fait cognitif. L’objectif étant d’étudier et d’appréhender ces nouvelles modalités de coopération comme des moyens pour augmenter la connaissance.

Notre première leçon porte sur  le Aller voir  ou Genchi Genbutsu en japonais, : une des 5 valeurs des principes directeurs du Toyota Way  qui comprend : le Genchi Genbutsu, le Kaizen, le Défi, le Travail d’équipe et le Respect.
Genchi Genbutsu, signifie : chercher les faits à la source afin de prendre les bonnes décisions, d’obtenir le consensus et d’atteindre les objectif. Elle est issue de la philosophie Kaizen qui signifie “la recherche de l’amélioration continue. Tout processus ne pouvant jamais être déclaré parfait, une amélioration est toujours possible”, selon Masaaki Imaï :père fondateur du Kaizen .

Cette première leçon arrive au moment où je gère un projet extrêmement important à l’international avec les équipes dirigeantes des parties prenantes que je n’ai pas encore rencontrées. Toutes nos communications se sont réalisées par mail et par téléphone.
Appliquer le Genchi Genbutsu à cette situation : c’est se poser la question du “Aller voir” et du déplacement sur place, ainsi que la validation des informations qui préside à toute décision.
Comment optimiser à distance la gestion de l’interculturel, disposer des bonnes informations et évaluer les décisions efficaces pour plus de performance. Qu’est ce que le aller voir dans ce cas?

C’est avant tout, me semble-t-il, optimiser sa communication en la déployant sur 4 axes stratégiques: la confiance, la transparence, le partage d’informations et l’écoute des feedbacks.
Une manière d’asseoir des principes de collaborations et de coopérations accélérateurs d’agilité, de rapidité et de flexibilité : une culture de la transparence, du Push Vs Pull.
“ Pour collaborer il faut être capable de partager ce que l’on ne sait pas” disait Bernard Charles PDG de Dassault. Une exigence de transparence et de confiance en somme.

L’acte de communiquer prend du temps, ce n’est pas un transfert d’information mais un processus, qui s’impose de plus en plus dans cette ère post-industrielle où le besoin de se parler et le management de la communication passe par la gestion du temps.

Dans cette expérience terrain que j’ai vécue et que je continue de vivre, j’essaye en permanence de faire preuve d’une grande claire voyance, d’intuition constructive et d’intelligence relationnelle car nous gérons des paramètres qui sont du ressort de l’humain, du contexte, de la culture et de l’éloignement.

Adopter une philosophie Genchi Genbutsu, c’est aussi apprendre à observer la réalité dans sa globalité et sa complexité. Appréhender les signaux faibles comme les signaux forts, les détails, les visions globales,…Chaque niveau d’observation apporte sa valeur ajoutée de faits et de constats que l’on doit prendre en compte pour l’analyse et la résolution du problème. Affuter son écoute et son observation, c’est aussi questionner pour mieux comprendre la réalité du contexte et le fonctionnement des organisations.

Mais le Genchi Genbutsu va encore plus loin, puisqu’il ne s’agit pas seulement d’une analyse terrain, mais d’observer la composante systémique dans le détail pour mieux cerner et comprendre la problématique.

La recherche des causes profondes avec « les 5 pourquoi » par exemple : consiste à remonter l’enchaînement des causes ayant abouti au problème. Pour en trouver la ou les causes profondes. Plutôt qu’une conséquence intermédiaire dans la chaîne du processus.
Le principe du five “whys”, est de distinguer les symptômes, des causes profondes , pour éviter de soigner les symptômes. L’objectif de ce diagnostic en profondeur : est de comprendre le fonctionnement en profondeur de son organisation, et d’augmenter progressivement le niveau de compétence des collaborateurs qui visualisent complètement tous les processus métiers de leur organisation.
D’où l’importance du travail en équipe dans l’analyse, puis dans la recherche de solutions. L’approche Lean insiste sur l’intelligence collective et voit dans le Kaizen l’occasion d’apprendre à réfléchir ensemble.

Dans un monde de plus en plus organisé autour du capital cognitif, adopter un management Lean de la connaissance, c’est déployer en permanence des comportements éthiques de responsabilité, d’humilité et de respect vis à vis de notre écosystème collaboratif.

C’est le cas par excellence du monde des services dans la gestion et le transfert de connaissances, où le Lean Knolwedge Manager va jouer un rôle stratégique dans la qualité des informations et leur capitalisation pour l’optimisation de la prise de décision. Comme le reprend Yves Caseau (Lean Software Factory (2013)), le Lean est une révolution en marche dans le monde des services, parce que cela fonctionne et parce que les besoins du 21°siècle : rapidité, agilité et complexité l’exigent. Parce que partager, écouter et respecter sont aussi les leviers d’une culture propice à l’intelligence collective et collaborative.
Une synergie entre la philosophie Lean et l’intelligence collective, peut s’avérer un outil extrêmement puissant et efficace dans la gestion des situations dites complexes où règnent l’incertitude et l’émergence d’éléments nouveaux propices des mutations permanentes au sein de l’organisation.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./07/2014.Tous droits réservés.



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Du fûdo à la transdisciplinarité, ou la logique du tiers caché

Un magnolia qui fleurit, l’herbe verte couverte d’un champ de pâquerettes, le soleil qui nous caresse et le chant des oiseaux qui nous berce. La nature sait prendre soin de nous avec douceur et délicatesse. Elle réveille nos sens, exacerbe nos envies de créer et aiguise notre envie d’entreprendre. Notre communion avec la nature est une voie vers la paix intérieure et notre harmonie avec l’univers. Le sol que nous foulons, à lui seul, en une seule petite poignée représente toute la symbiose cosmique de notre existence.

Un artiste en a fait une matière à penser et une voie de cheminement philosophique et spirituel. Il s’appelle Kôichi Kurita, il est japonais et a consacré sa vie à la terre, son symbolisme, son essence, son topos. Baigné dans la culture du bouddhisme et du shintô, propice à l’humilité et au dépouillement de l’expression de soi, il produit tous ses gestes en harmonie avec ces deux religions profondément ancrées dans la vie japonaise. De la forme du sable qu’il récolte à son installation, tout est étudié de façon à respecter la tradition et transmettre une sagesse, un enseignement. Il écrit1« En préférant le chiffre 108 au chiffre 100 et le chiffre 49 au chiffre 50, mon œuvre fait ainsi explicitement référence au bouddhisme : les 108 perles du juzu, le chapelet utilisé pour les prières, rappellent les 108 désirs mondains dont nous sommes pétris et, sur la voie de l’Éveil, l’étape 49 est celle de la sagesse-piété qui pénètre toute chose. Quand j’installe des carrés sur le sol, je me base sur une mesure de 3 x 3 pour composer des multiples – 9 x 9, ou 27 x 27 –, mesure qui reprend très clairement la structure même des mandalas. De même, je donne parfois à mes amas de terre une forme conique qui évoque le mont Sumeru2. Et, quand je dispose de la terre sur des feuilles carrées de papier japonais non blanchi, cette démarche se rattache évidemment au style du shintô ». Adoptant une démarche extrêmement épurée et éclairée sur le rôle de l’artiste dans la société, il rappelle que ce dernier doit se doter d’une forte aptitude à renoncer à ses idées préconçues pour arriver à présenter les choses telles qu’elles sont. Il propose ainsi d’appeler art : « ce qui se passe à l’instant où quelque chose vient irriguer, en profondeur, le cœur de celui qui découvre l’œuvre ».

Il insiste aussi sur la limite parfois des arts plastiques tant il est nécessaire pour lui que l’œuvre transpire, et respire la vie et le monde dans toute sa complexité. En racontant son cheminent et sa démarche artistique, Kôichi Kurita, évoque sa forte imprégnation de l’île nipponne où la notion du sol (do) et l’air (fû), en un mot (fûdo): sol et air, résume toute cette saveur de nuances chatoyantes que représente sa culture. Il écrit : « l’art nous permet d’échapper à la banalité du quotidien en explorant des dimensions et des espaces toujours propices à nous réveler et à révéler la complexité du monde. Le terme (fûdo) exprime notre symbiose avec la nature, l’art nous fournit l’occasion d’un tel éveil. ».

Sillonner le monde, observer les mouvements des marées, attendre les soirs de plaine lune pour ramasser des cailloux, se mettre en état de réceptivité cosmique par rapport à l’attraction lunaire, et ramasser des poignées de terre du monde entier : la substance la plus complexe et la plus proche de nous dans sa constitution, tant elle renferme nos mouvements, notre énergie, nos substances organiques et nos résidus civilisationnels. Voilà ce qu’a été jusqu’à présent l’entreprise fabuleuse de Mr Kurita.

Dans ses démarches philosophiques et artistiques, il entame aussi une démarche scientifique quand il observe l’univers, se met en réception cosmique, analyse le contenu de ses prélèvements, les travaille, les commente, les théorise et les classe.

En rencontrant l’artiste, ce dimanche 9 mars et en découvrant son œuvre à travers la bibliothèque de Terre exposée au domaine de Chamarande3, j’ai fait 2 jours plus tard la découverte d’un texte4 qui est venu cristalliser tous mes travaux et tous ces champs d’investigations que j’avais labourés, tournés, retournés et qui se voient rassemblés dans leur complexité grâce au liant de la transdisciplinarité.

La transdisciplinarité, concerne ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les disciplines et au delà des disciplines. Son but est de comprendre le présent à travers l’étude des interactions entre l’objet et le sujet, afin de voir émerger une nouvelle connaissance unificatrice. La transdisciplinarité emprunte une méthodologie axée sur 3 axiomes : l’axiome ontologique, l’axiome logique et l’axiome épistémologique, afin d’aboutir à l’émergence du Tiers Caché : « gardien de notre mystère irréductible, symbole du sacré qui assure la cohérence de l’ensemble des niveaux de réalité par leur interaction perpétuelle ». Comme le présente le physicien B.Nicolescu5, la notion de « Niveaux de réalité », est la notion centrale de la transdisciplinarité. « Les niveaux de réalité sont de véritables cosmos interconnectés ». « le tiers caché dans sa relation avec les niveaux de réalité est fondamental dans la compréhension de Unus Mundus…La réalité est Une , à la fois unique et multiple…La personne humaine, apparaît comme étant l’interface entre le monde et le tiers caché…L’élimination du tiers caché de la connaissance, signifie un être humain unidimensionnel, réduit à ses cellules, neurones, quarks et particules élémentaires»

Kôichi Kurita répète depuis 20 ans « En prenant pour thème « la diversité du monde », je vais continuer,à travers l’art, à transmettre la beauté sans fard et le prix inestimable de la terre qui se trouve là, sous nos pas. ». c’est une prise de conscience de la complexité du monde et de sa diversité. L’artiste y joue son rôle de passeur de sens, de signifiances, de sensations. Un médiateur entre le savoir et la connaissance.

Nous sommes aujourd’hui confronté à la nécessité d’un passage de sens entre le monde de la science qui accroit le savoir et le savoir-faire et celui de la non-rationalité (qui n’est pas l’irrationalité) ouvert à la connaissance de soi exhalée par l’expérience, spirituelle, artistique et poétique.

Démarche holiste et salutaire pour mieux cerner le monde d’aujourd’hui avec toute sa complexité physique au sens de de l’énergie, de l’information, de l’espace-temps et de la substance, ainsi que de sa diversité culturelle. Seule une harmonie avec la nature et un véritable dialogue avec les autres cultures et religions, pourra nous permettre de construire cette nouvelle ère de la Cosmodernité, basée sur un nouveau modèle de civilisation, et motivée par une unification de la connaissance en accord avec le mouvement global de la réalité.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./03/2014.Tous droits réservés

1Dans son mémoire de résidence au domaine de Chamarande en France. Juillet 2013.

2 D’un terme sanscrit signifiant montagne d’une hauteur merveilleuse. Dans la cosmologie bouddhique, ce mont immense, situé juste au centre du monde, est l’axe de révolution du soleil et de la lune.

3 Qui accueille une expoistion inédite de bibliothèque de Terre de l’artiste dans son Orangerie jusqu’au 11 Mai 201

4La Transdisciplinarité, Le manifeste. Basarab Nicolescu. Edition du Rocher. 1996.

5Dans sa conférence « Dialogue et transdisciplinarité » à l’UCP, Juin 2013.


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L’intuition, génératrice d’une méthode ou d’un système de pensée dans l’acte cognitif : le cas des paradigmes orientaux à l’ère de l’information

Dispositions intuitives nourries par la création, au service la connaissance

Gilles Deleuze1, parle de l’intuition de Bergson2, comme d’une méthode plutôt que comme une théorie proprement dite. «L’intuition dont parle Bergson, est avant tout intuition de la durée, et la durée prescrit la méthode».

Par l’intuition, dit Bergson, notre conscience entre en « sympathie » avec ce qu’il y a de plus unique dans les objets et les êtres que nous observons. Elle seule, nous permet d’accéder à la nature profonde des êtres, « c’est l’expression de l’âme toute entière ». « Elle nous révèle une coïncidence parfaite entre le moi et le monde ». La durée: en fouillant notre « temps intérieur », Bergson l’appréhende comme un flux continu mais modulable.

La mémoire et la conscience ne répondraient pas à la même temporalité que les phénomènes naturels, extérieurs, physiques. A ce propos Henri Bergson écrit3: « La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s’abstient d’établir une séparation entre l’état présent et les états antérieurs. »

C’est dans la pratique artistique, que cette notion de flux continu modulable nous paraît la plus évidente. Dans le théâtre ou la musique, ces médiums où la voix et les rythmes sont présents, nos dispositions intuitives sont redensifiées et exhalées en permanence pour nourrir la création et servir la connaissance.

L’abstraction, un exercice de l’intuition dans l’art de percevoir et d’acquérir des connaissances : le cas de la culture japonaise

 L’art n’a plus à reproduire le visible, mais à rendre visible », disait Paul Klee. Ce visible est complexe et l’art permet au moins de soupçonner que cette doublure d’invisible existe et parfois de l’approcher.

Au Japon, la philosophie du Wabi-Sabi4 dans la genèse de l’acte créatif fait l’apologie de l’éphémère, de la fragilité, de la beauté des choses imparfaites et modeste.

Elle suggère une esthétique issue du zen qui unit le wabi (solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, asymétrie, irrégularité…) au sabi (altération par le temps, décrépitude des choses vieillissantes, patine des objets…). Ces valeurs se retrouvent dans la plupart des arts traditionnels japonais : ikebana (Art Floral), cérémonie du thé.

La culture du Wabi Sabi, symbolise d’une certaine manière une façon de

percevoir les choses dans son environnement en privilégiant une approche

directe et intuitive de la vérité transcendante au de là de toute conception

intellectuelle.

Toujours au Japon, la peinture orientale Sumi-e est constituée seulement d’encre noire, c’est la simplification la plus élevée de la couleur en comparaison avec la peinture occidentale qui utilise toute la palette de couleur pour former lumières et ombres. La technique du Sumi-e, représente une forme d’art à part entière, qui est aussi une philosophie. Le Sumi-e est l’expression de la perception de l’artiste qui transmet l’essence ce qu’il représente, dans lequel la suggestion supplante le réalisme.

Cette culture de la perception intuitive et subtile de leur environnement qu’ont fini par adopter les Japonais dans leur vie au quotidien, se traduit par des comportements cognitifs qui vont agir sur leur mode d’acquisition et de structuration des connaissances avec une incidence directe sur les aménagements et l’organisation de leurs espaces de vie. Je cite, André Leroi-Gourhan, ethnologue de renom qui a longtemps étudié la culture et la société japonaises : « Je parle souvent de cette ligne unique propre au Japon, ni droite ni courbe à force de vouloir être à la fois courbe et droite : le flanc du Fuji, la ligne du sabre, le rempart d’un château, la branche du pin, les îles dans la Mer intérieure, le flanc du toit, le bord d’un seau, le bol à thé, la coupe d’un vêtement, le geste d’un danseur, un trait de calligraphie 5». Il écrit aussi dans6 : « Si le bûcheron chinois est chinois ce n’est pas parce qu’il est bûcheron mais parce que son comportement est orienté par une perception des formes et des mouvements qui sont propres à la culture chinoise. Cette perception ne se limite pas à l’art, elle englobe tout l’ensemble du vécu à travers les formes et les rythmes ».

Ces perceptions très riches, doublées d’observations ethnologiques extrêmement fines, nous suggèrent de façon extrêmement pertinente un syllogisme existant entre la perception de la réalité et la construction des connaissances, voire un syllogisme existant entre l’intuition , l’abstraction et l’avènement du processus cognitif.

Intuition « rationnelle » et paradigmes orientaux

 Les méthodologies développées ces dernières décennies dans la modélisation et la construction des savoirs, ont connu un rayonnement important en extrême orient et au Japon7 précisément où l’on assiste depuis une dizaine d’années aux développements de paradigmes dits orientaux8 9dans la création de nouveaux systèmes de pensée avec la conception des «i» systems (systèmes de modélisation basés sur le paradigme des 5 « i » : imagination, intelligence, involvement, integration, intervention) qui trouvent des applications pratiques et opérationnelles dans la résolution de systèmes complexes et de modèles de prise de décision dans la gestion stratégique des organisations.

Ces paradigmes ont été amorcés par les professeurs Nonaka et Takeuchi10 et développé en suite par les équipes du Professeur Yoshiteru Nakamori11 qui travaillent sur les Knowledge Science: “Knowledge science is a problem oriented interdisciplinary field that takes as is subject the modeling of the knowledge creation. Process and its applications”.

Dans sa thèse sur l’intuition rationnelle, A.P. Wierzbicki1213, qui a travaillé au Japon (JAIST)14 avec le Professeur Nakamori, développe le concept du «Ba» ( terme japonais intraduisible pour signifier un espace de création collaborative), qui fait appel aux ressources de notre capital intuitif dans l’appréhension du monde et des connaissances qui le traduisent : «one of the main conclusions of the rational theory of intuition is that the old distinction between subjective and objective, rational and irrational is too coarse to describe the developpement in times of informational civilization. There is a third middle way between emotions and rationality, we have an important layer of intuition». Résumée ainsi: l’une des principales conclusions de la théorie rationnelle de l’intuition, est que la vieille distinction entre le subjectif et l’objectif, le rationnel et l’irrationnel devient un peu trop étriquée pour s’adapter au développement civilisationnel actuel de notre société de l’information.Il existe une troisième voie médiane entre les émotions et la rationalité, c’est la strate importante d’intuition dont nous disposons.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./02/2014.Tous droits réservés

1Gilles Deleuze. Cinema. CD à Voix Haute. Gallimard. 2006

2httpe://www.philopol.ulg.ac.be/telecharger/textes/fc_vie_et_conscience_selon_bergson_web.pdf

3Trois lettres de Henri Bergson à Gilles Deleuze, la revue Critique, nº732, mai 2008.

4Transient Beauty (wabi sabi). Magali Laigne. Techniques & Culture. 57 (2011). Geste et Matière

5André Leroi-Gourhan. Pages oubliées sur le Japon. 2004.

6Encyclopdie-Clartés, 1956.

7Japan Advanced Institute of Science and Technology

10Nonaka and Takeuchi , H. (1995), The Knowledge-Creating Company, O.U.P.

11Yoshiteru nakamori Knowledge Science. Modeling the knowledge Creation Process. Nakamori. Ed. 2011.

12 Intuition and Rationality in MCDM. Andrzej P. Wierzbicki. Ishikawa. 923-1292. JAIST.

13Andrzej P. Wierzbicki, Yoshiteru Nakamori. Multiple Criteria decision support versus knowledge theory. MCDM 2004. CANADA.

14Japan Advanced Institut of technology


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La maïeutique cognitive : une relativité de nuances, de rythmes et de formes linguistiques

Cet article est aussi publié sur Didactique & Cognition, à l’ère des Humanités Digitales : http://dchd.hypotheses.org/

Comment les connaissances s’organisent-elles dans notre esprit, pour construire notre savoir ? Comment la langue et la culture façonnent-elles notre façon de penser ? Quel est l’impact de notre environnement dans la construction de notre système de pensée et la création de nos connaissances ?

Toutes ces questions ont animé pendant des décennies le champ de la communauté scientifique, s’intéressant à notre mode de pensée, notre façon d’apprendre, de transmettre et de générer des connaissances, dans un ou plusieurs contextes culturels.

L’anthropologie cognitive1, est née du besoin de répondre à ces questions que soulèvent les problématiques liées à l’apprentissage, aux rôles de la langue, de la culture et de l’environnement dans les processus d’acquisition des connaissances.

Cet article, est le premier d’une série de publications que je consacre aux résultats de mes travaux de recherche relatifs aux mécanismes sous-jacents à la création des connaissances et aux processus d’apprentissage. Il y est aujourd’hui question d’exploiter quelques études et résultats de l’anthropologie cognitive dans l’appréhension des mécanismes d’apprentissage et de modélisation des savoirs, si tant est qu’il existe des possibilités de modélisation dans ce domaine. L’appréhension du rythme, des nuances et des formes au sein du langage ressortent comme une première clé de lecture pour appréhender la systémique complexe de la formation des connaissances.

I/ Le Cadre cognitif: Relativités linguistiques, relativités culturelles

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde », écrit Wittgenstein en 1918, dans son Tractatus-Logico-Philosophicus2.

Ferdinand de Saussure, nomme le même phénomène « plan de contenu », pour exprimer que les réalités n’ayant pas de correspondance dans un langage, ne sont que très laborieusement exprimables.

Benjamin Lee Whorf3, auteur de la relativité linguistique, s’est intéressé à la nature inconsciente des principes sous-jacents qui font le fonctionnement de la plupart de nos actions : « nous disséquons la nature selon les lignes tracées de notre langue maternelle », selon laquelle la langue n’est pas un simple instrument de description de la réalité, mais elle contribue également à la structurer.

« La langue d’une société humaine donnée organise l’expérience des membres de cette société et par conséquent façonne son monde et sa réalité ».

Dans le registre de la dimension culturelle, Edward T. Hall4, développe le concept de Proxémie, une dimension cognitive de l’espace dont nous ne sommes pas toujours conscients, mais qui va jouer un rôle prépondérant dans notre rapport à l’autre, à l’environnement et à l’appréhension des connaissances.

Dans son livre5 « la dimension cachée », il écrit : «  il n’ y a pas de doute que le langage façonne la pensée par des voies particulièrement subtiles. L’humanité doit s’attaquer à la réalité des autres systèmes culturels et aux effets pénétrants de ces autres systèmes sur la façon dont le monde est perçu, dont l’individualité est expérimentée, et dont la vie elle même est organisée ».

Toute la théorie de la connaissance d’E.T.Hall, va reposer sur les interrelations entre les dits et non dits de la culture, le langage et la cognition dans la construction des espaces, des synchronies interpersonnelles6, de la rythmique culturelle, de la richesse du contexte culturel , et de notre rapport au temps dans les différentes cultures ( monochronie, polychronie)7.

Il développe ainsi tout une théorie sur la connaissance, l’inconscient et l’affect qui seront tantôt formels, tantôt informels, tantôt techniques, pour prouver que la culture qui se définit dans un espace et un temps va jouer un rôle fondamental dans la construction du savoir d’un individu.

II/ Oralité et isomorphisme cognitif

Est-il possible de modéliser les processus mentaux qui vont générer la connaissance et asseoir un certain savoir?

En occident, nous pensons linéaire et non synthétique comme les cultures orientales ou extrême orientales. Ce sont la plupart du temps des postures inconscientes dues aux forts ancrages des courants culturels, «qui structurent notre vie par des voies complexes, dont l’ensemble forme un système organisé qui n’est pas formulé consciemment» E.T.Hall8 .

Les cultures de tradition orale peuvent nous apporter des éclairages supplémentaires à l’appréhension de modèles dits cognitifs. A propos de littérature orale, Jean Dérive9 écrit: «ce qui distingue le concept de la littérature orale de celui de la littérature telle qu’on l’entend dans les sociétés de l’écriture, n’est pas seulement une question de canal. La littérature orale n’est pas l’équivalent parlé de la littérature écrite, mais aussi une relation un peu afférente au langage et à la communication qui a ses implications culturelles propres.»

En somme comme l’écrit l’ethnologue Joël Candau10: «l’oralité n’est pas un défaut d’écriture, mais un mode de communication culturel différent et autonome».

Il y a dans les travaux de recherche sur les cultures de transmission orale, des éléments capitaux à exploiter pour traduire et formaliser ce système complexe de pensées.

L’ethnomathématique11, est aujourd’hui un outil de formalisation qui peut s’avérer extrêmement pertinent pour modéliser le cheminement d’un raisonnement mental.

J’ai eu la chance cette année, dans le cadre de mes travaux de recherche en tant que chercheure à l’EHESS, de participer aux séminaires d’ethnomathématique du Professeur Marc Chemillier, il s’intéresse dans ses travaux de recherche aux savoirs incarnés par les productions artistiques des peuples dont la culture est essentiellement orale. Il s’efforce de décrire et de modéliser les méthodes employées pour accéder aux mécanismes mentaux qui incarnent les savoirs générés à travers des graphismes, les créations artistiques autour des musiques et chants traditionnels.

Dans un autre registre, les travaux de recherches de Sophie Desrosières sur les pratiques textiles dans les Andes, montrent à travers le principe de complémentarité observable, qu’il existe des logiques à l’organisation des hommes et à l’organisation des fils, soit un principe de complémentarité qui structure l’organisation sociale en moitié opposée et une représentation dualiste du monde bien ancrée dans les cultures locales.

« c’est ainsi que l’on peut se demander si, dans les Andes, les savoirs textiles, ont pu jouer un rôle dans la structuration de la pensée ». S. D.

Hypothèse 1 : Pouvons nous alors imaginer un isomorphisme bijectif entre les créations artistiques produites et leurs traductions sous forme de modèles mathématiques, et le processus mental qui a généré ces créations. Ces dernières seraient le résultat de ce qu’aurait acquis l’acquérant sous forme de savoirs, de connexions, d’adaptation et d’accommodation avec son environnement?

III/ L’appréhension du rythme au sein du processus cognitif

Ces créations artistiques de tradition orale, offrent également une complexité notable en termes de rythmes, de symétries, et d’organisations séquentielles qui semblent parfaitement raisonner avec la rythmique des langues et l’organisation des systèmes culturels par ricochet.

Hypothèse 2 : La rythmique des langues, leurs découpages séquentiels suggère une incidence directe dans la construction du savoir. Comment le matérialiser ?

Jean-Paul Goux, dans «La fabrique du continu12 », écrit: «Ce n’est pas le

rythme qu’on peut « toucher », c’est la dynamique qui de lui naît:« Ce n’est pas le

rythme qui est visible dans la forme, c’est tout au contraire le rythme qui rend

la forme visible. Le rythme ne se voit pas, il est l’énergie qui rend la forme

perceptible dans le temps: si on ne voit pas un rythme, on en perçoit l’énergie».

De plus, le rythme ne se limite pas à la prosodie, à un simple décompte

syllabique, mais il est partout dans le discours, et au fondement même de la

«signifiance».

C’est la thèse centrale de Meschonnic13, qui définit le rythme dans le langage

comme l’organisation des marques par lesquelles les signifiants produisent une

sémantique spécifique, distincte du sens lexical, et qu’il appelle la

signifiance.

La maïeutique cognitive : une systémique de nuances, de rythmes et de formes linguistique

Gilles Deleuze dans « Mémoire et Cinéma », nous livre ses analyses indiciaires sur la phénoménologie du cinéma, en nous expliquant que c’est l’abstrait qui explique le concret.

Les arts et la littérature représentent ainsi un terreau d’études extrêmement fertile qui nous permettent plus que d’autres substrats de comprendre les processus d’acquisition des connaissances et la construction de nos savoirs dans la culturalité qui nous imprègne. Pouvons nous , de ce fait, et à juste titre, considérer les créations artistiques comme des formes supérieures d’expressions cognitives universelles exprimées à travers un langage commun que les hommes partageraient au delà du médium de la langue et de la culture ?

Dans l’expérience ethnographique14, Leroi-Gourhan écrit :« Les nuances sont (…) l’élément définitivement significatif et l’esthétique au sens large pourrait bien être l’une des clefs de l’ethnologie. S’il en était ainsi il y aurait véritablement une science à créer, celle des valeurs, des rythmes, des saveurs et des formes dans une systématique adaptée aux besoins de l’expression de l’indéfinissable ethnique. ».

Si nous remplaçons les mots ethnologie et ethnique par connaissance. Nous

obtenons cette nouvelle reformulation inspirée de Leroi-Gourhan: les

nuances sont (…) l’élément définitivement significatif et l’esthétique au

sens large pourrait bien être l’une des clefs de la connaissance. S’il en

était ainsi il y aurait véritablement une science à créer, celle des

valeurs, des rythmes, des saveurs et des formes dans une systématique

adaptée aux besoins de l’expression de l’indéfinissable connaissance.

Copyright©Férial BENACHOUR-HAIT./01/2014.Tous droits réservés

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1Anthropologie Cognitive. Penelope Brown. Anthropologie et Sociétésvol. 23, n° 3, 1999, p. 91-119.

2Ludwig . Wittgenstein. Tractatus-Logico-Philosophicus. New York.Harcourt.1922.

3Benjamin Whorf. Linguistique et anthropologie. Denöel-Gonthier. 1969.

4Le langage Silencieux. E.T.Hall. Seuil. « Points Essais »,n°160, 1984.

5La dimension Cachée. E.T.Hall. Essais.Points. Seuil.1971.

6La danse de la vie. E.T.hall. Essais.Points. 1984.

7La danse de la vie. E.T.hall. Essais.Points. 1984.

8Au delà de la Culture. E.T.Hall. Seuil.1979.

9L’art du verbe dans l’oralité africaine. Jean Derive. Oralités/L’Harmattan. 2012.

10 Joël Candau, Anthropologie de la mémoireParis, Armand Colin, Collection Cursus Sociologie, 2005

Cursus Sociologie, 2005

11Les mathématiques naturelles. Marc Chemillier.Odile Jacob. 2007.

12La Fabrique du continu. Jean-Paul Goux. Champ Vallon. 1999.

13Critique du Rythme. Henri Meschonnic. Verdier. 2009.

14André Leroi-Gourhan, dans l’expérience ethnographique (1968).

 


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« La Fabrique » de SynerGétude : Un incubateur d’innovations sociales, Un laboratoire d’anthropologie cognitive

Étymologiquement, l’origine du mot Fabrique vient du latin fabrica (« boutique, atelier, forge »), dérivé de faber (« artisan, ouvrier »). Notre Fabrique se veut l’atelier d’incubation et de création d’œuvres artistiques qui matérialisent les créations et développements de projets Recherche-actions en innovations sociales.

La Fabrique de SynerGétude, est un lieu de Praxis pour les chercheurs, artistes, acteurs et partenaires institutionnels qui interviennent à travers leurs interactions avec l’œuvre en création. Ils apportent leurs contributions à travers leurs imaginaires et leurs propres appropriations du projet.

La fabrique se veut le lieu dépositaire des émotions et des substrats qui les traduisent : couleurs, sons, sculptures, peintures, textes, écritures,…

La Fabrique, Atelier de création et Galerie d’art et d’expressions, expose in fine l’œuvre incrémentée proprement dite qui continuera d’évoluer au grès de ses différents publics et de ses multiples rencontres.

L’empreinte cognitive d’une mémoire sociale : un laboratoire d’anthropologie cognitive

La Fabrique enregistre et informe au temps T sur la vitalité sociale et artistique d’une société. Sous le prisme pédagogique, il s’agit d’apprendre à matérialiser sous forme d’œuvre artistique un projet sur une problématique sociale bien définie, en mobilisant toutes les énergies physiques et intellectuelles qui peuvent être mises à contribution. Le but étant d’arriver à harmoniser nos gestes et nos contributions dans une création collective en partageant des objectifs communs d’innovations sociales, en quête de renouvellements et de mutations dans nos pratiques éducatives, nos méthodes de management et nos modes de gouvernance.

La co-construction de connaissances et la co-création artistique font déplacer le centre de gravité de l’art et de la culture dans la cité. C’est un nouveau barycentre géométrique socio-artistique qui se dévoile à travers une proximité plus importante entre l’art et le citoyen, entre la science et le citoyen, entre l’art et la science, entre nous et l’espace de création, entre nous et la société.

La Fabrique devient aussi par conséquence et naturellement, le lieu de développement d’un réseau de connaissances et de pratiques qui vont s’inscrire dans un processus de créations cognitives transverses. Cette autre œuvre sous forme d’hypomnemata , va à son tour constituer la mémoire entropique et l’empreinte cognitive de la société qui aura contribué à la création de cette œuvre collective. Elle devient de fait un véritable laboratoire d’anthropologie cognitive.

Une atelier itinérant pour une œuvre nomade incrémentale

Enfin, pensée comme un atelier itinérant, « La Fabrique » porte une œuvre nomade sans cesse augmentée. Celle-ci va se développer le long de ses résidences multiples dans des contextes culturels diversifiés. Elle s’enrichit et s’incrémente grâce aux contributions co-créatrices et co-constructives des acteurs, au profit du projet qu’elle détient. C’est une approche conceptuelle extrêmement novatrice, holiste et globale de la co-création sociétale jamais encore expérimentée sous l’angle de la transdisciplinarité, de la multi-culturalité et de la diversité géographique.

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